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De plus en plus, la fonction publique produit des informations qui ne doivent pas être consultées par le grand public.
Pire, si un citoyen veut consulter ces informations, il doit soumettre une demande écrite à l’accès à l’information de l’organisme ou d’un organisme-cadre, comme la Commission d’accès à l’information.
Déjà là , plus de la moitié des citoyens abandonneront l’idée d’accéder à l’information dont ils ont besoin mais pour les plus déterminés, une attente de plusieurs semaines sera nécessaires avant que les responsables de l’accès à l’information —habituellement des avocats— aient déterminé si l’accès à l’information peut ou non « filtrer » jusqu’à celui qui la demande.
Le citoyen qui veut accéder à des informations tenues confidentielles devra faire patte blanche et expliquer, en détails, l’usage qu’il compte faire de l’information, advenant qu’elle lui soit fournie.
Nul besoin de préciser qu’un blogueur qui demande un document pour le publier intégralement se fera presque toujours refuser l’accès à ce qu’il demande parce qu’alors, le secret entourant l’information serait « compromis ».
Alors même si le citoyen a répondu à toutes les questions et présenté une demande d’accèsà l’information légitime, il y a de bonne chances qu’aucune réponse ne soit retournée. Il arrive qu’un, deux et trois mois passent et alors, lorsque le citoyen rappelle, il se fait dire que sa demande a été refusée et qu’aucune raison n’a à lui être fournie.
Dans les rares cas où l’information est délivrée, elle est habituellement sévèrement censurée ou résumée (de manière « manuelle ») dans un document plus concis (souvent une « lettre d’explications sommaires ») plutôt que dans son format original (qui contient les détails recherchés).
On ne parle pas ici de secrets d’État comme l’endroit où se trouve la dernière soucoupe volante récupérée par les services secrets, on parle des montants alloués pour des subventions, des lettres échangées entre des administrateurs ou des élus et des copies d’ententes entre divers partenaires publics.
Les citoyens ont été très naïfs lorsqu’ils ont laissé la Commission d’accès à l’information légitimer la pratique du secret dans la fonction publique puisqu’aujourd’hui, presque tous les renseignements « détaillés » sont tenus secrets pendant que des annonces vagues sont remises aux journalistes.
Par exemple, lorsqu’un ministère dit qu’il investira 5M$ sur 3 ans pour venir en aide aux sans-abris, il est à peu près impossible de savoir à quoi serviront des millions de dollars, dans le détail — c’est inacceptable et pourtant, on est rendu là .
Les élus ne font pas leur travail lorsqu’ils permettent qu’une telle culture du secret, financée par les contribuables, devienne un mur impénétrable pour les citoyens qui veulent comprendre l’usage qui est fait de leur argent.
Tous les citoyens québécois ont raison d’être inquiets lorsque des détails insignifiants sont automatiquement passés à un avocat à l’accès à l’information. Il y a des limites à garder les citoyens dans le noir sur des sujets qui, à l’évidence, devraient être traités en toute transparence.
Si la tendance se maintient, l’information de qualité et détaillée deviendra bientôt impossible à consulter. En démocratie, c’est un problème majeur. Il s’agit d’un problème à tous les niveaux: fédéral, provincial, municipal et parapublique.
Cessons d’être indifférents devant la montée des secrets qui a lieu au détriment de notre accès à l’information qui, au fond, nous appartient.
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