La puissante famille Desmarais ne cache pas ses relations étroites avec le pouvoir politique.

Tous les Québécois savent désormais que Jean Charest a passé au moins un week-end à Sagard, chez les Desmarais et celui-ci refuse-net de discuter de la raison pour laquelle il s’y est rendu, prétextant que ça s’est produits « hors de ses heures de travail ».

Ça vaut ce que ça vaut mais bon, n’importe qui devine aisément qu’entre notre premier ministre et la famille Desmarais existent des liens qui échappent à la rigueur des « organigrammes officiels » et aux questions de la presse.

Autrement dit, la famille Desmarais jouit d’un accès privilégié à notre premier ministre. Il s’agit d’une situation tenue aussi secrète que possible. Même les attachés de presse du bureau du premier ministre refusent de « commenter » ce qu’ils qualifient d’allégations à savoir que leur patron entretiendrait des liens avec les dirigeants de Power Corporation. Les Québécois devraient d’ailleurs s’inquiéter de voir que notre PM joue à cache-cache avec la presse concernant ses liens avec les Desmarais. C’est malsain, tout ça…

Après avoir passé du temps à leur gigantesque château privé de Sagard, voilà soudainement que Jean Charest a décidé de nommer deux autres membres de la famille Desmarais à l’Ordre national du Québec, soit André Desmarais et Paul Jr Desmarais.

Wow! C’est tout un honneur…

On ne sait pas trop pourquoi ils ont été choisis (parmi tant d’autres bonnes « candidatures ») mais bon, ils sont milliardaires et passent beaucoup de temps avec notre premier ministre alors c’est probable que ce soit suffisant pour accéder à un tel rang.

Voici ce qu’on peut lire à propos de ces deux récipiendaires, dans le site officiel du ministère du Conseil exécutif

André Desmarais

Officier, 2009

André Desmarais s’est démarqué dans le milieu des affaires et celui de la philanthropie. Il est président délégué du conseil, président et co-chef de la direction de Power Corporation du Canada, ainsi que coprésident du conseil de Corporation Financière Power. Longtemps actif au sein du Conseil commercial Canada-Chine, il fait figure de pionnier en ce qui concerne l’ouverture du pays vers le marché chinois : il cultive ainsi avec la Chine, depuis trente ans, des relations privilégiées que l’on peut qualifier d’uniques au monde. Au fil des ans, les établissements de haut savoir et les organismes caritatifs ont aussi bénéficié de ses dons, de sa disponibilité et de son dévouement.

Paul Jr Desmarais

Officier, 2009

Homme d’affaires respecté ici et à l’étranger, Paul Desmarais jr est, à Montréal, président du conseil et co-chef de la direction de Power Corporation du Canada, ainsi que coprésident du conseil de Corporation Financière Power. Il est aussi membre du conseil d’administration de nombreuses autres entreprises au Canada, aux États-Unis et en Europe. Philanthrope accompli, il apporte sa contribution à la société, notamment en participant à des organismes économiques structurants : le bureau des gouverneurs du Forum économique international des Amériques, le conseil consultatif international de HEC Montréal, le conseil consultatif international de la Faculté de gestion de l’Université McGill et le conseil de l’INSEAD.

Paul-Guy Desmarais (le père) a quant à lui reçu l’honneur de rejoindre l’Ordre national du Québec en 1988, en tant qu’Officier, comme ses fils.

Au moment de publier cet article, ses filles Sophie Desmarais et Louise Desmarais ne font toujours pas partie de l’Ordre national du Québec. On entend aussi beaucoup parler de sa belle-fille, Hélène Desmarais mais elle n’est pas membre de l’Ordre, elle non-plus. Pour l’heure, il n’y a que « les gars » qui font partie de l’Ordre, chez les Desmarais.

Pour ceux qui ne connaissent pas l’ampleur du pouvoir des Desmarais, soulignons simplement que Paul-Guy Desmarais a été l’employeur de Pierre-Elliott Trudeau, de Jean Chrétien, de Paul Martin, de Brian Mulroney ainsi que de Maurice Strong, le « père des Accords de Kyoto » qui a été mis à la porte pour avoir participé à une fraude de 10 milliards USD dans le cadre du programme Pétrole contre nourriture en Irak. Du bon monde, quoi!

Certaines personnes, comme Alexandre Lacoursière, vont jusqu’à parler de dictature des riches en parlant du « pouvoir Desmarais » qui se manifeste, entre autre, par la présence d’Hélène Desmarais sur le CA du CHUM, à Montréal. Il souligne aussi, à juste titre, que Paul-Guy Desmarais est membre de Bilderberg, un groupe élitiste et mondialiste qui traîne un lourd passé empreint de controverses et de secrets.

Autrement dit, frayer avec les Desmarais, c’est très significatif et dans le cas d’un premier ministre, comme Jean Charest, ça laisse place à beaucoup de spéculation. Et lorsque ce même PM accorde, coup-sur-coup et la même année, le titre d’Officier de l’Ordre national du Québec aux deux fils de Paul-Guy Desmarais, ça en dit long sur l’influence des Desmarais sur l’establishment politique québécois.

Pour se faire une bonne idée de Paul-Guy Desmarais en tant que personnalité publique, voici ce qui a été publié sur lui à l’Ordre national du Québec…

Paul-Guy Desmarais

Officier, 1988

Né à Sudbury le 4 janvier 1927, Monsieur Desmarais a obtenu son diplôme de bachelier en commerce de l’Université d’Ottawa en 1950. Monsieur Desmarais retourne à Sudbury où, en 1951, il fait l’acquisition de la compagnie d’autobus Sudbury Coppercliff Street Railway. En 1959, il forme Transportation Management Corporation Limited qui, en 1960, achète les Entreprises Transport Provincial Ltée. En 1962, par l’entremise de Transportation Management. il obtient le contrôle effectif de la compagnie Entreprises Gelco Ltée et un an plus tard, il se porte acquéreur de l’Impériale, Compagnie d’assurance-vie.

En 1965, il achète son premier conglomérat, Corporation de valeurs Trans-Canada. En 1967, Corporation de valeurs Trans-Canada crée les Journaux Trans-Canada Ltée, société qui, en 1968, achète le principal journal de langue française, La Presse de Montréal. En 1968, il prend le contrôle de Power Corporation du Canada (PCC). Aujourd’hui, PCC comprend Gesca Ltée, société qui publie La Presse ainsi que d’autres quotidiens et hebdomadaires; Consolidated Bathurst Inc., une multinationale dans le secteur des pâtes et papiers et de l’emballage; Corporation Financière Power qui détient des participations dans la Great-West, compagnie d’assurance-vie, la plus grande compagnie d’assurance-vie appartenant à ses actionnaires; le Groupe Investors, le plus grand distributeur de fonds communs de placement au Canada; Montréal Trustco Inc., la plus grande société canadienne pour la fourniture de services fiduciaires aux entreprises; et Pargesa Holding S.A., groupe financier international basé à Genève.

Monsieur Desmarais siège au conseil de plusieurs compagnies et organismes à but non-lucratif. Il est également président du Conseil de « La Presse Ltée », de Power Corporation du Canada et de Consolidated Bathurst Inc., de Société d’Investissement Jeunesse et du Conseil commercial Canada-Chine.

Monsieur Desmarais détient des doctorats honorifiques de sept (7) universités canadiennes. Il est Chancelier de l’Université Mémorial de Terre-Neuve et Compagnon de l’Ordre du Canada.

Mise à jour

Depuis sa nomination, Paul-Guy Desmarais occupe la présidence du comité exécutif de Power Corporation du Canada, comprenant Gesca ltée, qui publie La Presse et d’autres quotidiens et hebdomadaires, ainsi que Corporation financière Power, qui possède plusieurs compagnies d’assurance et sociétés d’investissement. Il est président du conseil et administrateur délégué de Pargesa Holding S.A., en Suisse, et administrateur émérite de Great-West Lifeco inc. Il siège au conseil de la Canada Life Capital Corporation, de la Corporation d’investissements en technologies Power, de la Corporation financière Power, de Gesca ltée, du groupe Bruxelles Lambert S.A., de Belgique, des Journaux Trans-Canada inc., de Power Corporation du Canada et de La Presse ltée. Il est aussi membre du Conseil consultatif international de Barrick Gold Corporation et président fondateur du Conseil commercial Canada-Chine.

M. Desmarais a été nommé au Conseil privé de la reine pour le Canada ainsi que grand officier de l’Ordre de la Légion d’honneur de France et commandeur de l’Ordre de Léopold II.

(Mis à jour en septembre 2006)

C’est à peu de choses près, le plus beau témoignage jamais rendu public à l’égard du « père » de la famille Desmarais. Ailleurs, dans les livres et dans le web, ses liens avec des groupes comme Bilderberg et d’autres « think tank » pro-privatisations, pro-mondialisation, pro-guerre (en prétextant toujours que c’est « nécessaire ») et pro-centralisation tracent un portrait probablement plus fidèle de cet homme qui semble tremper dans une multitude de secrets plus inquiétants les uns que les autres.

Les Desmarais semblent allergiques au public, en général.

Nous aurions aimé leur adresser quelques questions pour cet article mais ils n’ont publié aucun numéro de téléphone, pour ce faire (via Power Corp., du moins).

En fait, un Québécois « régulier » ne pourrait, semble-t-il, jamais se rendre jusqu’à un membre de la famille Desmarais pour lui poser des questions… c’est dire à quel point ils sont dans leur bulle, bien au-dessus de nos préoccupations et de notre « niveau de vie ».

Malgré tout ce que ça comporte de questionnements sur la véritable légitimité de ces deux milliardaires à figurer parmi les membres de l’Ordre national du Québec, il faut quand même féliciter André et Paul Jr qui, malgré tout, y sont désormais inscrits.

Et vous, que pensez-vous de la nomination de deux Desmarais, la même année?

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