Depuis un peu plus d’une semaine, le puissant avocat et homme d’affaires, Marcel Aubut, évolue au beau milieu d’une tempête médiatique qui le confronte à des allégations de harcèlement sexuel.

Celui qui il y a quelques semaines encore était perçu comme intouchable, en raison de sa fortune, de son influence et de ses contacts, se retrouve à devoir expliquer sa ligne de conduite grossière, envers la gente féminine qui a dû le côtoyer, au cours (au moins) des dernières décennies.

À peu près tout le monde a son opinion sur Marcel Aubut, sa façon d’être et surtout, les comportements de très mauvais goût qui lui sont reprochés. Peu de gens trouvent approprié qu’il ait utilisé son pouvoir pour s’imposer de manière insistante auprès de femmes qui clairement, ne lui retournaient pas la pareille.

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Pour essayer de se faire pardonner par le tribunal populaire qui est carrément dégoûté par ses agissements répétés et soutenus, Marcel Aubut a convoqué une courte conférence de presse au Centre Sheraton de Montréal —loin de Québec— pour lire un texte d’excuses qui va comme suit…

Depuis une dizaine de jours, je vis dans la tourmente. La crise provoquée par mes comportements a aussi entraîné dans la tourmente ma famille, mes amis, mes associés, les employés et toutes les personnes qui ont été blessées par ces comportements.

Aujourd’hui, à toutes ces personnes et à tous les autres qui ont été outrés par ce qu’ils ont vu et entendu au cours des derniers jours, c’est du fond du coeur et avec toute la sincérité dont je suis capable que j’offre des excuses sans réserve.

En 45 ans de vie professionnelle, j’ai toujours vécu à 200 km/h, sans arrêt et jamais je ne me suis posé de questions sur mon comportement en société. Il a fallu qu’une crise comme celle que je traverse et que je fais traverser à mes proches, me force à un temps d’arrêt et de réflexion profonde.

Aujourd’hui, le réveil est brutal. J’ai beaucoup de peine et je regrette infiniment d’avoir blessé autant de personnes qui ne le méritaient certainement pas. J’espère qu’un jour ces personnes sauront me pardonner.

J’entreprends aujourd’hui un temps d’arrêt au cours duquel je me livrerai à une véritable introspection et j’ai déjà entrepris de consulter les meilleurs experts qui m’aideront à changer mes comportements et à devenir une meilleure personne.

Dans cet esprit, j’ai informé hier mes associés de la firme BCF de ma décision de quitter le cabinet. Cela m’attriste au plus haut point, car mes associés et collègues de BCF ont fait preuve d’une grande ouverture et d’une grande empathie à mon égard depuis le début de cette crise. Je tiens à les remercier sincèrement pour leur appui et leur compréhension. Je suis convaincu que l’intérêt du cabinet doit passer avant le mien. Je n’ai aucun doute que BCF poursuivra sa croissance fulgurante et demeurera un cabinet de grande envergure.

Je tiens surtout à remercier ma famille, particulièrement mon épouse et mes trois filles qui ont su me réconforter et me convaincre que l’amour qui nous unit est indestructible. Je tiens aussi à remercier tous ceux qui, au sein de la grande famille olympique, m’ont épaulé dans la mission que je m’étais donnée de rehausser le rayonnement de nos athlètes olympiques, qui demeureront pour toujours mes héros.

Tout au long de ma carrière, j’ai travaillé sans relâche pour mener à bien des projets qui me tenaient à coeur. Je suis fier de ce que j’ai accompli et j’ai l’intention de continuer à avoir une vie professionnelle active et fructueuse. Mais je devrai le faire avec la détermination et l’énergie qu’on me connaît en me rappelant que la société a changé et qu’elle exige un plus grand respect entre les individus, plus spécifiquement entre les hommes et les femmes. J’assume l’entière responsabilité de mes gestes. Je n’ai personne d’autre à blâmer que moi-même. Encore une fois, à ceux et celles que j’ai blessés ou déçus, je réitère mes excuses sans réserve et je m’engage à tout faire pour devenir une meilleure personne.

En gros, il reconnaît que ses gestes étaient inappropriés et qu’il est LE SEUL responsable de cette crise et de ses conséquences.

Ça signifie qu’il comprend que ses gestes déplacés, sur fond de comportements sexuels abusifs, ont des conséquences qu’il doit assumer.

Bien qu’il accompagne ces propos sans équivoque d’un engagement à consulter des experts afin d’en arriver à modifier ses comportements, nombreux sont ceux qui doutent de sa réelle sincérité, y voyant une manœuvre de relations publiques où il vante ses réalisations et promet de continuer sur la voie de la prospérité (la sienne, bien entendu) en tant qu’homme d’affaires.

Est-ce que les gens vont croire Marcel Aubut? L’avenir le dira mais si les victimes continuent de se manifester, ses excuses, aussi sincères soient-elles, n’auront pas pour effet de laver sa réputation.

Il prétend que sa famille est solidaire, avec lui, devant ce moment d’adversité.

Vraiment?

Sa femme trouve normal de l’appuyer, en de telles circonstances? Qu’est-ce qu’elle pense des comportements déplacés de son mari envers autant de femmes, dont l’une était encore mineure, au moment où des actes de nature sexuelle auraient été commis?

Difficile de croire que la femme de Marcel Aubut préfère rester dans l’ombre de son mari plutôt que de dénoncer une ligne de conduite clairement déplacée. Probablement pour des raisons qui lui sont propres, c’est cependant ce qu’elle fait. Idem pour ses trois filles qui laissent toute la place à leur père.

Ça ressemble drôlement à une opération de relations publiques où le message est contrôlé afin d’étouffer l’affaire, le plus vite possible.

En ce qui concerne son départ de BCF, c’était à peu près inévitable, surtout que sa présence au sein du cabinet d’avocats ne faisait apparemment pas l’unanimité.

Son départ du Comité olympique canadien (COC) quant à lui était nécessaire parce que le poste doit refléter les hauts standards de l’olympisme. Des standards inégaux mais néanmoins souhaités.

Si Marcel Aubut donne l’impression que sa vie va continuer, un peu comme si de rien n’était, après le passage de cette tempête, c’est qu’il a probablement raison. Un peu comme dans d’autres scandales où de riches hommes d’affaires s’en tirent sans égratignure, Marcel Aubut continuera vraisemblablement à s’enrichir.

Comme tous les hommes d’influence, Marcel Aubut continuera probablement de fréquenter une clique de gens riches et puissants afin de vivre dans l’abondance, qu’importe ses comportement déplacés et tout le mal qu’il a pu causer à ses victimes, au cours des dernières décennies.

Ce n’est évidemment pas juste mais au Québec (et au Canada), la richesse amène bien des passe-droits. La justice n’étant pas livrée de manière égale, pour tous.

Un petit rappel des faits, par ordre chronologique

Mercredi, 30 septembre 2015

Le Comité olympique canadien (COC) enquête sur une plainte de harcèlement sexuel contre son président, révèle le Globe and Mail.

Jeudi, 1er octobre 2015

Une avocate ainsi qu’une ancienne adjointe administrative affirment avoir subi des comportements inappropriés de la part de Me Aubut.

Vendredi, 2 octobre 2015

Une des présumées victimes dépose une plainte au Barreau.

Samedi, 3 octobre 2015

Marcel Aubut démissionne de son poste de président du COC. La chroniqueuse du Journal de Québec Karine Gagnon signe une chronique qui expose ses mauvaises expériences avec l’avocat.

Mardi, 6 octobre 2015

Le CA du COC nie avoir été informé des comportements de Me Aubut, alors que des médias avaient relayé l’information voulant que le COC était au courant depuis 2011. Le CA mandate une experte indépendante pour enquêter sur le dossier.

Jeudi, 8 octobre 2015

La Presse révèle que Me Aubut aurait contacté d’anciennes employées afin de les convaincre de dire publiquement de bons mots à son sujet.

Une nouvelle victime se confie à TVA. Celle qui travaillait comme hôtesse pour les Nordiques avait 15 ans au début des gestes allégués.

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