Est-ce que vous aimeriez travailler dans la fonction publique québécoise?

En cette période horrible pour l’emploi, qui n’en rêve pas? Alors qu’on apprend qu’au mois de septembre 2015, le Canada a perdu 62,000 emplois à temps plein pendant qu’il s’en créait 74,000 à temps partiel, c’est clair que les “bons emplois” sont graduellement remplacés par des “bobinettes” précaires, surtout dans la restauration rapide, les services et les centres d’appel… rien pour enrichir les travailleurs. Juste assez, en fait, pour survivre mais rien de plus.

Dans ce contexte vraiment inquiétant, il n’y a pas que les 7,1% de chômeurs qui ont peur. Ceux qui ont un emploi, eux aussi, pourraient apprendre que leurs services ne seront plus requis. Ainsi, tout le monde a son Plan A et son Plan B, juste au cas où le patron “optimiserait” sa stratégie, en regard des “ressources humaines” (comme il le ferait, pour les autres “ressources”, sous sa gestion).

Et bien qu’on parle de 7,1% de chômeurs, au Canada, en septembre 2015, le vrai chiffre oscillerait plutôt aux alentours de 14 ou 15% parce qu’un grand nombre de travailleurs canadiens ne sont pas “inscrits” comme “chômeurs”, à l’assurance-emploi. Ça va des travailleurs autonomes “de circonstance” aux employés allant d’un emploi précaire à l’autre mais clairement, l’emploi est devenu une jungle, au Canada.

Alors on en revient à votre ambition de rejoindre la fonction publique du Québec et le fait que vous allez rester sur votre appétit.

Au moment de publier ce billet, au chapitre des “Appels de candidatures“, il n’y a  “Aucun affichage en cours“, ce qui signifie qu’il y a ZÉRO EMPLOI à pouvoir, au gouvernement du Québec.

Difficile à croire, non?

Aucun emploi où vous pourriez, vous aussi, rejoindre la cohorte de plus d’un demi-million de fonctionnaires syndiqués, du Québec. Constituée à plus de 75% de femmes, la fonction publique québécoise a désormais FERMÉ SES PORTES pour quiconque aimerait aller y travailler.

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Les fameux “concours” (des tests de qualification) sont désormais inexistants alors même si vous vouliez vous qualifier et prouver votre valeur, il est IMPOSSIBLE de le faire.

Pour l’équité inter-générationnelle, on repassera.

Chez les fonctionnaires, la compétence ne pèse pas lourd dans la balance (à peu près rien, en fait) car c’est l’ancienneté qui prime. Ça explique bien des incohérences, dans le fonctionnement de l’appareil de l’État.

Les baby-boomers sont démesurément avantagés par l’arrêt d’embauche car, eux, ils gardent leurs grosses jobs, stables et (trop) bien payées pendant que les jeunes familles et les adultes (plus jeunes qu’eux) en arrachent pour trouver des emplois aussi avantageux que dans la fonction publique québécoise.

On se ramasse avec des boomers qui ont des moyens financiers élevés et “les autres” qui peuvent perdre leur emploi, à tout moment car ils n’ont PAS la sécurité d’emploi des fonctionnaires. Et ça, c’est quand ils ont un emploi, tout court!

Dans un monde idéal, tout le monde aurait un emploi stable et à toutes fins utiles, garanti à vie mais dans le contexte actuel de précarité rampante, dans le “marché du travail”, les uns n’ont plus les moyens de payer les avantages sans fin des autres (les fonctionnaires).

Allez consulter ce tableau qui vante les mérites d’un emploi dans la fonction publique québécoise…

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Ça donne le vertige quand on compare ça aux “jobines” qui sont offertes ailleurs.

En partant, pour tout emploi dans la fonction publique, il est question d’une pléthore d’avantages concrets qui vont bien plus loin que 90% des “emplois dans le privé”, à savoir…

  • Avantages sociaux, incluant des semaines entières de congé et un régime de retraite imbattable;
  • Rémunération avec des échelons qui assurent les augmentations, annuellement (selon l’ancienneté);
  • Conciliation travail et vie personnelle avec des horaires flexibles;
  • Mobilité, où vous préservez vos conditions de travail quand vous changez de ministère, par exemple; et
  • Progression de carrière, pour une carrière féconde et valorisante.

Juste pour le plaisir, essayez de trouver ça “dans le privé”… à moins d’être un “professionnel en demande”, vous allez rester sur votre faim.

Ça ne fait que confirmer que les conditions pour les fonctionnaires sont complètement déconnectées du reste du marché du travail.

On aimerait que le reste du marché du travail offre autant d’avantages mais c’est devenu impossible, au moment où nos entreprises peinent à jouer le rôle de moteur économique. Et celles qui ont le vent dans les voiles s’enrichissent souvent à cause du gouvernement qui accorde de lucratifs contrats, en informatique, en santé, en ingénierie et en construction. Sans le gouvernement et son infinie “générosité”, toutes ces compagnies privées frapperaient un mur.

Ainsi, les chercheurs d’emploi qui constatent qu’il y a ZÉRO EMPLOI d’offert dans la fonction publique québécoise peuvent s’attendre à avoir encore plus de misère à trouver un bon emploi dans le privé en raison de deux phénomènes économiques qui se produisent, en même temps:

  • une récession pan-canadienne; et
  • l’austérité (ou la rigueur) économique observée par le gouvernement du Québec, sous la gouverne de Philippe Couillard et de son “trio économique”.

Où les entreprises vont-elle trouver le capital pour embaucher des travailleurs et leur offrir de bonnes conditions? Là est la question.

Certains employeurs vont s’organiser pour prendre de l’expansion sur le marché domestique. Ailleurs, ce sera un virage un peu obligé vers l’exportation. À chaque entreprise de voir à trouver la meilleure stratégie pour assurer sa croissance mais au gouvernement, qu’importe l’état lamentable de l’économie, c’est comme un gros épisode de “La croisière s’amuse” où l’alcool coule à flots pendant que la musique continue de marquer le rythme!

Qu’importe l’état de l’économie, les syndiqués de la fonction publique continuent de profiter d’avantages devenus rarissimes pour les autres travailleurs.

Ça explique pourquoi tout le monde qui sait calculer voudrait rejoindre la fonction publique québécoise mais en même temps, comme en ce moment, quand il n’y a plus aucun poste à pourvoir, les millions de travailleurs québécois qui voudraient bien y accéder se sentent exclus et sévèrement désavantagés, même s’ils pourraient amener leur lot de compétence, au gouvernement du Québec.

Quand y aura-t-il une nouvelle ronde de “concours” pour avoir “une chance” d’accéder à un emploi dans la fonction publique québécoise? Personne ne le sait ou encore, personne ne le dit. Qu’importe, on sent vraiment un “effet austère” dans le gouvernement, pour les embauches.

Mais…

Les grosses pointures de la fonction publique continuent de se servir à deux mains dans l’assiette au beurre avec des salaires bien au-delà de 100,000$ par année et des avantages à faire rêver (tout le temps en vacances avec une retraite assurée, dans le luxe).

Voici un bel exemple d’iniquité inter-générationnelle, avec un écart de revenu de (tenez-vous bien) 117,096$ / année entre un cadre de la fonction publique du Québec et le revenu médian d’un particulier..

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Ces chiffres viennent directement du gouvernement du Québec, à commencer par les salaires des cadres, au sommet de l’échelle salariale (où presque tous les baby boomers se trouvent)…

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Et pour le revenu médian d’un Québécois (de plus de 16 ans), en 2011 (chiffres officiels les plus récents)…

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Vous ne savez pas de quels fonctionnaires on parle?

Ben voyons…

Vous savez, les fameux fonctionnaires qui rentrent au travail avec leur gros véhicule de luxe et qui font la pluie et le beau temps parce qu’ils ont “l’ancienneté”? Qu’importe la compétence, ils ont “l’ancienneté” et tant qu’ils vampiriseront notre bas de laine collectif en s’allouant des emplois de rêves, aucune chance que le système pro-baby-boomers change.

Si vous pensez qu’il n’y a que les cadres de la fonction publique qui font la belle vie en se payant des salaires princiers, détrompez-vous.

Regardez ce que gagnent les “agents d’information“, au sommet de l’échelle salariale (encore une fois, où se trouvent les boomers)… 75,538$ / année

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Et que dire des “bibliothécaires“, à “seulement” 74,784$ / année (parce que vous savez qu’ils vont continuer à se plaindre, à chaque année, qu’ils ne sont pas assez payés et que leur salaire ne suit pas l’inflation, LOL)…

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Elle est pas belle la vie professionnelle, dans la fonction publique québécoise?

Dans un gros nuage confortable, les fonctionnaires n’en finissent plus de se plaindre (pour des augmentations salariales ou d’autres “avantages” devenus particulièrement indécents, comme l’entretien de leur fonds de retraite) alors même qu’ils ont un emploi qui est rendu complètement hors-d’atteinte, pour les autres travailleurs… même ceux qui sont plus qualifiés pour occuper leur emploi!

Encore une fois, au gouvernement c’est “ancienneté” avant “compétence“. Belle formule pour se planter mais bon, les “so-so-so.solidarité” aiment ça en faire le moins possible en se payant payer comme s’ils étaient “les meilleurs“.

Ce qui est désormais clair, c’est que les fonctionnaires profitent de leur emploi de plusieurs façons. D’abord parce qu’ils ont des conditions qui leurs sont unilatéralement favorables, ensuite parce qu’ils ont de l’argent pour investir et donc s’enrichir de manière exponentielle (maison, placements) et aussi parce qu’ils ont plus de temps que la moyenne des gens pour se reposer, voyager et… penser!

Alors les jeunes n’ont plus accès à la fonction publique parce qu’apparemment, il n’y a plus d’argent (au gouvernement, pour embaucher de nouveaux employés) mais les boomers, en haut de l’échelle salariale (qu’ils ont contribué à bâtir), se paient des salaires souvent indécents. Pas question d’embaucher 3 jeunes travailleurs à 40,000$ par année, ben non, il faut entretenir le vieux boomer à 120,000$ par année. Et pas question de remettre en question sa compétence à occuper cet emploi puisque dans le monde parallèle des fonctionnaires syndiqués, il n’y a que l’ancienneté qui est prise en compte et ça, l’ancienneté, ils en ont… à revendre!

Arrivez-vous à comprendre le trop-plein de frustration des jeunes sans emploi (ou sans emploi “de qualité”) qui voient les fonctionnaires vivre la grosse vie sale pendant qu’eux ont la face dans la garnotte?

Que vous le compreniez ou non ne change rien au fait que le “marché de l’emploi” s’enfonce et plus les inégalité augmentent, plus cette disparité entre les fonctionnaires et “les autres” va devenir intenable.

Au point où les pauvres, cette classe en plein progression, vont se lever pour exiger d’avoir accès aux emplois de la fonction publique québécoise.

Il va falloir en finir avec cette approche à deux vitesses où les fonctionnaires ne ressentent pas les effets négatifs de l’économie mais EXIGENT des augmentations (encore) dès que ça va mieux. Alors que dans le privé, les effets sont ressentis dans les deux directions mais généralement, c’est très brutal lorsque l’économie plante (allant jusqu’à perdre son emploi, ce qui n’existe à peu près pas, dans la fonction publique québécoise).

Et là, on ne parle même pas des nominations politiques partisanes ou du copinage entre fonctionnaires connectés, on ne fait qu’observer une fonction publique qui amplifie les inégalités sociales en cessant complètement ses embauches de personnel, parmi les jeunes travailleurs qui en auraient, justement, le plus besoin.

ZÉRO EMPLOI offert dans la fonction publique québécoise, ça envoie un drôle de message aux jeunes travailleurs qui font de l’anxiété à se chercher un bon emploi alors même que les boomers, eux, étirent la sauce autant qu’ils le peuvent, au sommet de l’échelle salariale, en essayant de faire pitié pour que le gouvernement leur accorde ENCORE des augmentations de salaires.

De l’intérieur, les syndiqués se crinquent entre eux pour toujours en demander plus mais au fond, ils devraient se considérer très chanceux d’occuper les derniers emplois vraiment stables, dans notre société.

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