La privatisation d’Hydro-Québec

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Lorsque l’Institut économique de Montréal, via Claude Garcia, propose de privatiser complètement Hydro-Québec, c’est une attaque directe contre tous les Québécois qui, rappelons-le, sont les actuels propriétaires de la riche société d’État.

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Au lendemain d’une privatisation, telle qu’envisagée par Claude Garcia de l’IEDM, on devrait s’attendre à deux choses…

  1. une hausse importante des tarifs d’électricité; et
  2. un exode de certaines entreprises énergivores.

M. Garcia semble oublier que les tarifs d’électricité plus bas, au Québec, compensent pour les impôts et les taxes qui y sont plus élevés qu’ailleurs, au Canada.

Il oublie aussi qu’un tarif d’électricité plus bas favorise le développement social et économique… et pas seulement dans les alumineries qui, sans grande surprise, feraient parti des entreprises qui quitteraient le Québec, advenant la privatisation d’Hydro-Québec.

En pleine crise économique, la proposition de Claude Garcia qui aurait pour effet d’augmenter le fardeau fiscal des Québécois de manière considérable laisse perplexe.

Quelle mouche l’a piqué pour qu’il veuille tant nous arracher la propriété d’Hydro-Québec pour la remettre, probablement à rabais, à des investisseurs privés?

Lorsqu’on sait que le plan de Claude Garcia ne nous protège pas contre une éventuelle prise de contrôle étrangère de la société d’État, il y a de quoi s’inquiéter sur ses allégeances.

M. Garcia se dit que si l’électricité coûtait plus cher, les consommateurs changeraient les équipements de chauffage de leurs maisons et passeraient au gaz naturel, méthode qu’il juge plus efficace.

Comme L’IEDM est présidé par Hélène Desmarais, la fille du milliardaire Paul Desmarais, grand ami du président français Nicolas Sarkozy et proche de Gaz de France, société qui compte établir un port méthanier de grande envergure à Lévis, il serait plutôt facile de faire un lien entre le rapport de M. Garcia et l’intense lobbying qui a toujours cours pour “vendre” Rabaska mais laissons le temps nous dire si une telle dualité existe.

Ce que M. Garcia appelle un “débat de société” semble perçu comme une tentative grossière de prise de contrôle d’Hydro-Québec par des intérêts privés, par un grand nombre de Québécois conscients de la véritable valeur de ce joyau qui, pour l’heure, appartient à tout le monde.

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Toutes les sociétés qui ont vu leurs grandes sociétés d’État être privatisées l’ont regretté… amèrement. L’eau et l’électricité ne devraient JAMAIS être privatisés et au Québec, ces deux ressources vont de pair. Quiconque contrôle Hydro-Québec contrôle également de très vastes bassins hydrologiques… c’est d’ailleurs peut-être ça que recherchent vraiment les “intérêts privés” qui se servent de l’IEDM pour projeter publiquement leur vision du monde, qui sait?

Le rapport de Claude Garcia est cousu de fil blanc.

C’est tellement complexe et les hypothèses si nombreuses que lorsqu’il a été question d’expliquer comment la privatisation d’Hydro-Québec enrichirait les Québécois de 10MM$ par année, selon “ses” calculs, il a eu du mal à le faire. Beaucoup de mal, en fait.

M. Garcia a même pris la peine de dire “il ne faut pas essayer de simplifier l’argument, c’est complexe” mais justement, il va falloir qu’il trouve le moyen de simplifier ses calculs et ses explications parce que pour l’heure, ça ne fait que prouver que son plan enrichira d’abord les “nouveaux propriétaires privés” et lorsque ce sera le tour de verser les fameuses “redevances” au gouvernement, ce sera une toute autre histoire.

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Et que dire du fait que la société d’État verserait, une fois privatisée, de plus grosses redevances lorsqu’on voit que l’augmentation de celles-ci se ferait sur le dos des consommateurs, pris au piège par des intérêts privés motivés, avant tout, par la recherche de profits toujours supérieurs?

M. Garcia a fait rire de nombreuses personnes en évoquant les bienfaits (sigh) de payer l’électricité au prix du marché “de la même façon qu’on paie notre pétrole” — juste avec ça, les Québécois devraient être capable de deviner à quel adresse logent ses intérêts et ce n’est sûrement pas ceux des consommateurs!

Et ce n’est pas tout…

Claude Garcia en rajoute en demandant “Pourquoi l’État se mêle-t-il de produire de l’électricité?” et il a justifié sa question en disant “[en parlant du gouvernement] On ne produit pas la nourriture alors que c’est un bien encore plus essentiel […] La richesse, on ne la créé pas en subventionnant, on la créé en étant performants. Et quand on subventionne un produit, on en abuse.” — c’est tellement insultant pour les Québécois que de tels propos soient tenus…

  1. René Lévesque n’aurait fait qu’une bouchée de Claude Garcia et de son rapport qui évacue —totalement— la notion fondamentale de “justice sociale”;
  2. René Lévesque aurait aussi remis les pendules à l’heure concernant l’importance d’être “maîtres chez-nous”, surtout en matière d’électricité, véritable fondement de notre économie moderne;
  3. L’État est un mécanisme de redistribution des richesses, imparfaites, certes mais infiniment plus efficace que la poignée d’oligarques (les Desmarais en tête) qu’il semble représenter;
  4. Lorsque l’État subventionne un domaine d’activité, il reflète, en théorie, un choix de société ce qui, à tous les égards, a des milliards de fois plus de valeur que les lubies de Claude Garcia qui n’en finit plus de vouloir arracher Hydro-Québec des mains de tous les Québécois;
  5. Et oui, M. Garcia, l’État subventionne abondamment l’agriculture;
  6. L’État subventionne aussi les institutions financières — faudrait-il couper ces subventions sous prétexte qu’elles mènent à un abus?

Claude Garcia nage en pleine contradiction et ne semble reculer devant rien pour conférer un semblant de légitimité à sa démarche qui ne vise absolument pas l’enrichissement collectif mais plutôt celui d’un très petit nombre de milliardaires qui, après un certain temps, finiraient par avoir acquis la totalité des actions d’Hydro-Québec, suite à sa privatisation.

Du bout des lèvres, M. Garcia a fini par admettre qu’en ces temps de crise financière, ce n’était “peut-être pas le meilleur moment” de privatiser Hydro-Québec “mais ça ne veut pas dire que ce n’est pas une bonne idée de le faire”, s’est-il empressé de rajouter, avec insistance.

Les Québécois doivent apprendre à reconnaître ce type d’individu qui dit vouloir notre bien en nous prenant ce que nous avons de plus précieux.

Privatiser Hydro-Québec serait un drame épouvantable, pour le Québec et tous les Québécois.

Les milliardaires qui profiteraient de la privatisation de cette société d’État n’auront pas plus nos intérêts collectifs à cœur plus tard qu’actuellement. Ce sont des preneurs. Ils utilisent leur argent, leur pouvoir et leur influence pour concentrer les richesses entre leurs mains, de manière exclusive.

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La société n’a rien à gagner avec une privatisation, même partielle, d’Hydro-Québec.

Tout gain à court terme sera éclipsé par les pertes astronomiques à long terme.

Et ça, ce n’est vraiment pas “compliqué” et c’est pourquoi les Québécois doivent défendre leur société d’État avec la dernière des énergies. Il faut l’améliorer, certes mais ça doit demeurer une propriété de tous les citoyens.

Et ne comptez pas sur Jean Charest, ami de tous les instants de Paul Desmarais, pour protéger l’intérêt du public. On a vu, avec Rabaska, qu’il n’hésite pas à prendre (unilatéralement) la défense des milliardaires avides de profits plutôt que celle de ses concitoyens qui craignent l’implantation d’une gigantesque poubelle toxique près de chez-eux.

Mario Dumont, avec son rêve de privatiser notre joyau collectif, s’entendrait bien avec Claude Garcia. À bien des égards, ils se méritent l’un l’autre…

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Claude Gélinashttps://videos.claude.ca/
Passionné des communications numériques, du développement web, de l'infographie et des avancées technologiques, au sens large.

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