Si vous êtes une député dans une circonscription et qu’au terme d’une élection, vous ayez perdu, est-ce que vous laisseriez vos documents au député gagnant?

Voilà une question qui fait jaser au moment où l’on apprend que la première ministre sortante, Pauline Marois a vidé ses trois bureaux de circonscription au moment où elle a perdu ses élections, dans la circonscription de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.

pauline-marois-pqPauline Marois opérait trois bureaux, soit à L’Ange-Gardien, Baie-St-Paul et La Malbaie. C’est tout à fait normal puisque sa circonscription couvre un grand territoire et cette approche lui a permis d’offrir un meilleur service de proximité à ses concitoyens. Au moment de prendre possession de ces points de services, la nouvelle députée d’allégeance libérale, Caroline Simard a été surprise de ne trouver que des classeurs vides.

Comme Pauline Marois a quitté la vie politique, il semble que ce sera impossible pour la député libérale Caroline Simard d’avoir une rencontre pour faire le point sur les besoins des citoyens et les projets en cours pour les entreprises, sur son territoire.

caroline-simard-plqCaroline Simard trouve que cette pratique pénalise les citoyens et dans une certaine mesure, elle a raison mais au fond, c’est peut-être Pauline Marois qui a eu raison de vider ses classeurs et ce, pour des raisons de confidentialité.

En effet, Pauline Marois a probablement pris de nombreuses notes qui pourraient, si elles étaient mal utilisées ou rendues disponibles pour des tiers constituer des problèmes —parfois importants— au chapitre de la confidentialité. Peut-être y avait-il des citoyens qui étaient d’accord pour discuter avec la Péquiste Pauline Marois mais qui n’auraient pas voulu tenir de tels échanges avec la Libérale Caroline Simard.

Comme il est techniquement impossible, au moment d’une défaite électorale comme celle du 7 avril 2014 pour Pauline Marois, de trier les dossiers sensibles ou non, au plan de la confidentialité, la seule alternative viable est de détruire TOUS LES DOCUMENTS qui ont été constitués avant cette défaite. D’où les trois bureaux laissés vides par Pauline Marois.

Il y avait peut-être d’autres raisons qui ont poussé Pauline Marois à détruire ces documents somme toute importants aux yeux de la nouvelle députée Simard mais ça demeure de la spéculation. Frustration suite à la défaite? Haine plus ou moins marquée contre les Libéraux et leurs méthodes? Souhait de tirer un trait final sur sa vie politique? Tous les scénarios peuvent être imaginés mais au fond, c’est Pauline Marois qui sait le fond de l’histoire et à moins qu’elle écrive une livre sur sa vie, plus tard, nous ne saurons jamais vraiment de qui l’a poussé à faire vider ses bureaux et pourquoi elle n’a pas prévu de rencontre en vue d’une passation harmonieuse des pouvoirs, dans sa circonscription.

La députée libérale Caroline Simard aura donc tout le temps dont elle a besoin, au cours de 4 prochaines années, pour se rapprocher de ses citoyens de Charlevoix—Côte-de-Beaupré pour mieux comprendre leurs besoins et les aider.

Mais Pauline Marois n’est pas la seule à avoir vidé ses bureaux, dans la circonscription de La Pinière où le Libéral Gaétan Barrette a gagné contre l’indépendante (et ex-libérale) Fatima Houda Pépin a perdu, celle-ci a également vidé son bureau et ne semble pas intéressée à entretenir une discussion sur le thème de la passation des pouvoirs, pour la circonscription.

Plus près de nous, à Québec, la Caquiste Denise Trudel n’a presque rien laissé à son successeur libéral, François Blais, dans la circonscription de Charlesbourg. Elle n’a laissé que les dossiers de subvention aux organismes bénévoles. C’est tout.

Idéalement, il faudrait laisser un bureau de circonscription en ordre pour faire prévaloir l’intérêt des citoyens qui ont entamé des démarches, comme dit l’avoir fait le Caquiste Sylvain Lévesque (via sa page Facebook) envers son successeur libéral Patrick Huot. Évidemment, ce faisant, il risque d’avoir créé des problèmes quant à la confidentialité des renseignements pouvant être contenus dans les dossiers qu’il entretenait au sujet des gens qui l’ont consulté. Rien ne dit qu’il existe de tels problèmes mais en passant des documents parfois très sensibles à une autre équipe, c’est difficile d’être certain que rien de malheureux pourrait en advenir, au chapitre de la confidentialité (et d’autres préoccupations, aussi).

Alors, y a-t-il une bonne manière de passer les pouvoirs aux nouveau député?

Probablement qu’il faut s’attendre à ce que chaque député-sortant voudra agir selon sa bonne conscience, au cas par cas.

En tant que citoyens, on ne doit pas vraiment s’offusquer que les documents soient détruits car ça met un terme à une relation avec l’ancien député et le citoyen peut, s’il le souhaite, engager un nouveau dialogue avec le député qui arrive, en précisant que des échanges ont eu lieu avec l’administration précédente et ce, s’il le désire. Le nouveau député aura alors le loisir d’en tenir compte dans ses échanges et pourra constituer son propre dossier, au besoin.

À l’heure des documents électroniques, il serait peut-être temps de conserver des traces des rencontres sans toutefois rendre accessibles les détails concernant ces rencontres. Ainsi, le député qui entre en poste pourrait savoir qui a besoin de ses services, sans avoir les détails, ce qui lui permettrait de connecter de manière plus efficace avec ceux qui ont déjà manifesté le besoin de discuter avec l’ancien député. Ça assurerait un meilleur suivi sans poser trop de problèmes au chapitre de la confidentialité et pour ceux qui ne veulent absolument pas risquer de voir des renseignements filtrer entre les mains d’une prochaine administration, il pourrait y avoir une option toute simple pour faire effacer totalement le dossier, dans l’éventualité où le député qui avait reçu la confiance du citoyen n’y serait plus.

Les dossiers papiers pourraient suivre la même logique mais comme nous sommes rendus à l’ère du “sans papier” et des documents électroniques, ce serait intéressant de permettre une forme de suivi dans la plupart des dossiers qui le nécessitent tout en mettant en place des procédures simples pour effacer n’importe quel dossier, jusqu’à son existence-même.

Pour maintenir un bon lien de confiance avec les citoyens, nos députés ont intérêt à préserver la confidentialité des renseignements qui leurs sont transmis mais en même temps, il faut trouver le moyen d’assurer une forme de continuité pour faciliter l’avancement de certains dossiers.

Un beau cas de figure pour ceux qui s’intéressent à la confidentialité des renseignements et aussi pour ceux qui exigent plus de continuité dans les services à la population, lors des changements de régimes politiques.

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