Ah! Les clubs sociaux d’entreprises ou “de bureau”.

Certains travailleurs ne pourraient vivre sans eux alors que d’autres les ont démasqué et les voient sous leur vrai jour, soit des systèmes pour faire perdre du temps, des forces vives et de l’argent, aussi bien aux employés qu’aux employeurs.

Et si vous n’y prenez garde, le club social aura tôt fait de prendre son dû directement sur votre chèque de paie!

Oui, les clubs sociaux tentent par tous les moyens de justifier leur utilité en dépensant votre argent pour des activités que vous ne saviez même pas que vous auriez à faire semblant d’aimer, un jour.

Les samedis à faire du cheval, à pagayer sur un lac ou à faire de la raquette sur un lac glacé, habituellement à une centaine de kilomètres de votre lieu de travail, à la limite, ça peut revêtir un certain attrait. Mais ces activités constituent l’exception puisque les clubs sociaux touchent à n’importe quoi, de l’entretien d’un “micro-dépanneur” vendant tout ce que les distributrices ne vendent pas déjà à la micro-succursale de service pour toutes les “bonnes causes” de votre coin du monde.

C’est simple, plus il y a d’argent qui va au club social, plus ses “services” risquent de donner dans toutes sortes de directions qui, au final, n’ont à peu près plus rien à voir avec “le social”.

La classe dirigeante et leurs subalternes directs, les cadres intermédiaires de tout acabit, ne tolèrent habituellement les clubs sociaux que parce que les autres employés les réclâment — souvent pour vampiriser un peu plus les coffres de l’entreprise, à leur avantage (pour payer une partie d’une expédition en raquettes, par exemple).

Et presqu’invariablement, ce sont des femmes, généralement réceptionnistes, assistantes administratives ou secrétaires qui se concurrencent, de manière plus ou moins subtile, pour obtenir (et garder) le contrôle de leur club social via lequel, de toutes sortes de façons, elles exercent un pouvoir qui les valorise, dans l’entreprise.

Mais même ces proverbiales abeilles infatiguables finissent par réaliser à quel point c’est redondant de faire la tournée des bureaux pour réclâmer de l’argent pour les pauvres, les très pauvres, les sans-abri, les mal-aimés, les enfants, les jeunes, les ados, les gais, les lesbiennes, les handicapés, les femmes, les femmes battues, les illettrés, les sans-emploi, les immigrants, les réfugiés, les vieux, les anciens combattants, la recherche médicale, les scouts, l’UNICEF, les levées de fonds diverses et les victimes d’à peu près n’importe quoi.

Après un temps, elle finissent par se dire, à elles-mêmes, que ce serait diablement plus facile si chacun s’occupait de ses propres affaires et donnait ce qu’il voulait à qui il voulait, ailleurs qu’au bureau où, soulignons-le, il est payé pour performer, pas pour pleurer sur le sort du monde, même s’il y a du mérite à le faire, de temps en temps.

Mais, qu’importe.

Les abeilles continuent à faire la tournée des cubicules, au nom du club social, parce qu’elles aiment ce sentiment de servir à quelque chose… et le pouvoir qui vient avec cette responsabilité auto-déclarée.

Et tout le monde les endure parce qu’après tout, on peut difficilement contester ouvertement la légitimité de toutes ces bonnes causes alors, habituellement à reculons, même les employés au salaire minimum finissent par se soulager les poches du peu d’argent qu’il leur reste en se disant que plus tôt ce sera fait, plus vite l’abeille fatigante passera au prochain cubicule.

Le manège ne s’arrête jamais.

Tout ça au nom du sacro-saint “club social”!

Ce n’est pas tout, les amis.

Oh! Non, si ce n’était que ça, on serait loin du tsunami de perte de temps qui a présentement cours.

Vous voyez, les clubs sociaux finissent à peu près tous par se tricoter des liens entre eux et là, ça se transforme en gros concours de “qui pisse le plus loin” et ce, sur tous les fronts: activités, collectes de fonds et multiplicité des services, les comparaisons n’en finissent plus d’émerger afin que de part et d’autre, chaque club social puisse briller davantage que les autres, fierté oblige. Même si c’est clairement de la fierté mal placée.

Les liens “officiels” entre les clubs sociaux comprennent généralement ceux avec les autres faisant partie d’une même entreprise, d’une même industrie ou d’une même région. Mais ça peut aussi naître d’associations d’intérêts comme dans le cas de l’appartenance à un syndicat.

En fait, toutes les raisons semblent bonnes, pour un club social d’entreprise, de prendre le plus de place possible, au bureau. Le trafic d’influence accru s’accompagne habituellement d’entrées d’argent plus importantes et conséquemment, du pouvoir relatif imparti au(x) “dirigeant(s)” du club social.

Ça devient une espèce d’entreprise dans l’entreprise.

On pourrait penser que les patrons auraient assez de jugement pour fermer tout ça et inviter poliment leurs employés à profiter pleinement de leur vie à l’extérieur du bureau comme il leur plaît mais qu’au travail, il doit être question de ce qui justifie leur chèque de paie mais non, enlever le “nananne” aux “bébés gâtée” semble hors de portée, pour des centaines de milliers de dirigeants au cœur peut-être un peu trop tendre.

Alors l’orgie de perte de temps continue.

On pourrait penser qu’un employés qui veut manger un barre de chocolat, aller faire du cheval et donner 2$ à Centraide pourrait le faire par ses propres moyens mais à l’évidence, il semble que les clubs sociaux d’entreprise aient désormais une espèce de monopole incestueux pour ces “services aux employés” ou du moins, auprès des “membres” du leur club.

Dans la plupart des bureaux, l’adhésion au club social demeure facultatif mais bon, c’est habituellement compensé par un torrent de tentatives de vous vendre à l’idée que d’enrichir le “super-méga-spécial” club social du bureau transformera votre vie en compte de fées. Et juste pour avoir la sainte paix, plusieurs employés s’y laissent prendre. Après ça, il réalisent qu’en étant membre, ils ne l’auront jamais, leur “sainte paix”… et gare à eux s’ils mentionnent qu’ils ont l’intention de se retirer du club car ils subiront les foudres, directes et indirectes, de ceux qui y verraient un “manque de solidarité”. C’est ridicule mais bon, c’est comme ça…

Alors les clubs sociaux font-ils vraiment perdre du temps aux travailleurs québécois?

Oui.

Énormément.

Et malgré l’évidence de cette saignée de temps, d’efforts et d’argent, le cirque continue et le club social rivalise d’ingéniosité et d’imagination pour s’auto-justifier.

Pour chaque club social fermé (et ça arrive, heureusement), des travailleurs retrouvent leur droit de travailler sans être dérangés en plus de reprendre le contrôle des sommes d’argent qui leur filaient entre les doigts. Et ils trouvent le moyen de “survivre” même s’ils paient en un seul versement leur balade en cheval plutôt que de l’avoir fait via 4 ponctions distinctes provenant de leur chèque de paie!

Pour certains, ce sera très difficile à lire mais à part lorsqu’un employeur agit de manière tyrannique, qu’il n’y a pas de syndicat et qu’il faut établir un réseau parallèle pour joindre rapidement tous les employés (sans que les patrons puissent s’y opposer “facilement”) —à part dans de tels cas— les clubs sociaux ne sont pas essentiels, dans les entreprises.

Voilà, c’est écrit. Noir sur blanc.

Ce n’est pas clair si beaucoup d’autres blogues ont trouvé le courage (ou la folie) de s’en prendre aux clubs sociaux tant ils pourraient s’aliéner une partie de leur lectorat, vendu depuis des décennies au concept des clubs sociaux mais bon, c’est un point de vue qui en vaut un autre et il importe de débattre publiquement.

Et vous, avez-vous déjà perdu temps en raison de votre adhésion à un club social d’entreprise?

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