Le 29 janvier 2014, on apprenait que le gouvernement péquiste de Pauline Marois consentait un prêt de 350M$ pour soutenir un projet de cimenterie évalué à 1MM$, piloté par les familles Bombardier et Beaudoin.

Les Québécois n’en avaient pas vraiment entendu parler avant la diffusion de la nouvelle.

Alors qu’on produit déjà suffisamment de ciment, plusieurs observateurs se demandent ce qui justifie l’établissement de cette nouvelle usine, à Port-Daniel-Gascons, dans le fin-fond de la Gaspésie, à un proverbial jet-de-pierre du Nord-Est du Nouveau-Brunswick.

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Certes, nous aurons plusieurs structures à refaire en lien avec notre réseau routier ainsi qu’une grande quantité de structures industrielles, commerciales et même, résidentielles. Avec un concurrent de plus sur le marché, on peut espérer un coût moindre pour s’approvisionner en ciment. Mais bon, on spécule!

Dans un article paru dans Argent, il est question d’une victoire pour les familles Bombardier-Beaudoin dans ce premier round qui les oppose aux Desmarais. C’est grâce à un prêt d’Investissement Québec que les actionnaires de contrôle de Bombardier pourront lancer leur projet qui promet des emplois et un meilleur approvisionnement en ciment.

Parce que le clan Desmarais est propriétaire de 21% de Lafarge, via son conglomérat Power Corporation, on comprend pourquoi ils ne veulent pas de nouveau compétiteur. Lafarge est une multinationale française du ciment et du béton. À part les intérêts québécois de la famille Desmarais, le reste, ça va à des actionnaires étrangers.

On voit donc se dessiner un combat entre titans, les Bombardier-Beaudoin d’un côté avec leur nouvelle cimenterie (propriétaires de Ciment McInnis, par le biais de Beaudier) et le clan Desmarais de l’autre, avec leurs 21% d’actions dans la française Lafarge.

Cette nouvelle cimenterie s’inscrirait au sein d’une stratégie peu ébruitée visant à inverser une tendance lourde où notre balance commerciale est négative. Évidemment, on veut une balance commerciale positive et via les exportations de cette nouvelle cimenterie, stratégiquement placée pour desservir le marché américain via des exportations par bateau, c’est un pari que la classe politique semble prête à prendre, aux côtés des Bombardier-Beaudoin.

En fait, la logique du projet semble valable.

Nous continuerons d’avoir besoin de ciment et dans un contexte où nous cherchons à être maîtres chez-nous, ça fait du sens de sécuriser notre approvisionnement (peut-être à meilleur coût) via l’émergence d’une cimenterie 100% québécoise.

Il ne fait aucun doute que des emplois seront éventuellement perdus dans les cimenteries actuellement en opération et en soi, c’est triste mais on doit vivre d’espoir que de savants calculs ont été faits par notre classe politique. Le fait d’avoir accordé un prêt de 350M$ aux Bombardier-Beaudoin va évidemment choquer ceux qui ne reçoivent pas ces généreux cadeaux pour réaliser leurs projets mais encore une fois, on peut s’imaginer que la classe politique sait ce qu’elle fait… bien qu’on aimerait être mieux informé du fruit de leurs savantes réflexions!

La controverse suscitée par cet investissement provient d’un peu partout, le syndicat des Métallos qui ne veut pas perdre de cotisations dans les entreprises où elle fait déjà beaucoup d’argent, les écolos qui font valoir que le projet n’a même pas été entendu par le BAPE et qu’il se pourrait que ça ne soit même pas nécessaire et que dire des opposants politiques à l’actuelle législature péquiste qui dénoncent une annonce électoraliste visant à faire gagner des sièges au PQ, en Gaspésie.

Le commentaire de l’économiste Robert Gagné du Centre sur la productivité et la prospérité résume assez bien le sentiment ressenti par de nombreux contribuables:

“Je ne crois pas que cette famille-là, cette entreprise-là ait un problème de liquidités! Si le projet était économiquement viable, on n’aurait pas besoin de le supporter”, a-t-il dit. Selon M. Gagné, il devient de plus en plus difficile pour Québec de supporter financièrement tous les projets économiques.

Il a ajouté: “Moi, comme contribuable, je me pose la question: est-ce qu’il y a un entrepreneur qui est prêt à investir sans aide gouvernementale? On se comprend, il n’y a pas de risque associés à ce marché. On sait comment faire le ciment depuis longtemps” — et il a bien raison!

On ne sait pas encore trop à quoi servira toute cette capacité supplémentaire de production de ciment mais une chose est certaine, s’il faut bâtir, nous aurons une capacité bien plus grande pour le faire, avec du beau ciment gaspésien.

À noter que le gouvernement n’a rien mentionné à propos d’une éventuelle redevance sur le ciment produit via cette nouvelle installation et il semble que ce ne soit pas son intention d’en demander.

L’avenir nous confirmera si l’on a eu raison d’investir aux côtés des Bombardier-Beaudoin mais comme l’avenir est à construire, aussi bien s’équiper en conséquence.

1 COMMENTAIRE

  1. […] investissement survient après le prêt de 350M$ à la cimenterie de Port-Daniel-Gascons en Gaspésie où les familles Beaudoin et Bombardier sont les […]

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