Entre les âges de 0 à 5 ans, les tout-petits dépendent entièrement de leur parent ou tuteur pour vivre. L’Observatoire des tout-petits a publié son portrait 2019 pour donner une idée de leur situation, en ce moment.

Tout d’abord, il faut spécifier que l’Observatoire des tout-petits est un projet de la Fondation Lucie et André Chagnon et est basé à Montréal. La direction est présentement assurée par Fannie Dagenais et elle travaille de concert avec divers intervenants du gouvernement du Québec pour valider les chiffres qu’elle publie dans le portrait 2019 qui est titré “Dans quels environnements grandissent les tout-petits du Québec?”.

Ainsi, il y a du travail sérieux qui a été dans ce portrait d’une soixantaine de page qui se lit bien, avec des sections bien délimitées et des graphiques pour faciliter la compréhension des lecteurs.

Ce qu’on apprend

Le nombre des enfants de 0 à 5 ans

En lisant le portrait 2019, vous apprendrez vraisemblablement des choses à chaque page mais voici ce qui a retenu mon attention.

D’abord, le nombre d’enfants de 0 à 5 ans est relativement stable depuis 2012, soit 530,091 enfants, en 2018 mais ce nombre pourrait aller en descendant puisque le nombre de naissances en 2008 était de 87,865 et en 2018, dix ans plus tard, de 83,800, une baisse significative de 4,065 naissances et il ne faut pas oublier qu’entre 2009 et 2014, les naissances oscillaient entre 88,000 et 89,000 naissances. Autrement dit, les Québécois font moins d’enfants.

Juste ça, c’est un constat majeur.

Au Québec, la région de Montréal est celle où il y a le plus de tout-petits de 0 à 5, soit 25,2% du contingent total, en province. En 2e position, c’est la Montérégie avec 18,9%. Encore là, on peut dire que c’est la grande région de Montréal qui remporte la palme du nombre de tout-petits.

Comparez ça avec la Capitale-Nationale (la ville de Québec) à 8,4% et Chaudière-Appalaches (principalement Lévis et les environs) à 5,1% et c’est passablement clair que les tout-petits se trouvent beaucoup dans la métropole et ses environs.

C’est d’ailleurs parfaitement cohérent avec la population qui habite ces régions. Plus de monde, plus d’enfants.

L’environnement dans lequel ces enfants grandissent

Le portrait 2019 rappelle que “Le milieu familial a une influence déterminante sur le développement des tout-petits puisque la famille est la première et principale source de stimulation à laquelle est exposé l’enfant”, ce qui met la table pour un regard sur le recours au Régime québécois d’assurance parentale (RQAP).

On apprend que “Parmi les enfants qui fréquentaient la maternelle en 2016-2017 et qui sont nés au Canada, ce sont 6 sur 10 dont les deux parents ont pu bénéficier d’un congé payé par le RQAP après leur naissance.” alors on parle de 61,3% des enfants qui ont bénéficié du congé de maman et de papa, le deux. Avec maman seulement, c’est 20,1% et avec papa seulement, c’est 8,3% mais pour 10,3%, c’est aucun des parents qui ont bénéficié du RQAP.

On peut donc penser que le RQAP fonctionne pour une majorité de parents mais il y a encore du boulot à faire pour optimiser le programme afin que tous les enfants puissent avoir la présence de leurs 2 parents.

Après la naissance, dans 82,3%, les 2 parents sont restés à la maison pour une période plus ou moins longue alors à l’évidence, si les parents le peuvent, ils font le choix de rester à la maison pour s’occuper de leur petit.

Un tableau explique cependant que parmi les parents qui sont restés à la maison pour leur enfant, les mères ont passé en moyenne 1,7 an et les pères, 4 mois. Le niveau d’éducation et le revenu de la mère peut expliquer que certaines mères restent plus longtemps à la maison (plus de 2 ans après la naissance de l’enfant) mais il en va de même dans le cas des pères qui ont passé plus de 26 semaines à la maison.

Ainsi, le lien entre le niveau d’éducation, le revenu et le temps que les parents passent à la maison trouve écho dans les statistiques rapportées par le portrait 2019. Évidemment, il n’y a pas d’évaluation de la qualité de vie pour les enfants, seulement des observations statistiques mais ça se comprend parce que si un parent n’est pas absolument obligé de reprendre du service pour un employeur, il pourrait choisir de s’investir auprès de son enfant. C’est tout à fait logique.

La fratrie

En 2016, les tout-petits du Québec vivaient dans des familles comptant:

  • 1 enfant, à 26,3%
  • 2 enfants, à 46,2% et
  • 3 enfants et + à 27,6%

De 1996 à 2006, la proportion d’enfants de 0 à 5 ans du Québec vivant dans une famille comptant un seul enfant a augmenté, pour ensuite diminuer de 2006 à 2016. La tendance inverse a été observée pour les enfants vivant dans une famille de trois enfants ou plus.

On comprend que les parents divorcés qui reconstituent ensuite des familles pourraient avoir une influence sur ces proportions.

En fait, 17,5% des enfants fréquentant la maternelle en 2016-2017 ne vivaient pas avec leurs deux parents.

Autre statistique intéressante, celle ou en 2016, la majorité des enfants de 0 à 5 ans vivait dans une famille intacte:

  • Famille intacte, 76,6%
  • Famille monoparentale, 13,9% et
  • Famille recomposée, 9,8%

Il faut rappeler qu’on parle spécifiquement des enfants de 0 à 5 ans alors il va de soi qu’il y a énormément plus de divorces, au Québec mais lorsqu’il y a des enfants, ils n’ont pas forcément moins de 5 ans. Les parents se divorcent à tout moment, pas forcément pendant la petite enfance de leurs. Et les familles recomposées aussi sont affectées par cette mouvance.

Langues

Sans surprise, en 2017, les enfants de maternelle parlaient le français, exclusivement, à 74,2% mais l’anglais seulement à 7,3%, en 3e position derrière “Autres langues seulement” à 12,7%.

Ainsi, pour ceux qui disent voir une montée significative des “autres langues”, au Québec, c’est statistiquement vrai.

Et ce n’est donc pas l’anglais qui serait un concurrent au français.

Fait intéressant à noter, à la maternelle, un peu plus de 5% des enfants seraient bilingues ou multilingues. C’est peu. Bien que d’autres langues puissent être apprises plus tard, une sensibilisation à au moins une autre langue à la maternelle pourrait faciliter les apprentissages futurs.

Dans notre monde où les échanges ont lieu avec de nombreuses cultures, il pourrait s’avérer sage de familiariser nos enfants avec plus d’une langue, comme en Suisse, par exemple.

Les jeunes femmes ont moins d’enfants

Ceux qui se demandent si les campagnes pour la contraception chez les adolescentes et des très jeunes femmes ont fonctionné, réjouissez-vous, c’est un succès retentissant.

Chiffres à l’appui, c’est 5,4/1000 jeunes femmes de moins de 20 ans qui ont donné naissance à un bébé en 2018. Il s’agit-là du plus faible taux de fécondité jamais enregistré au Québec dans ce groupe d’âge. En 2008, ce taux était de 10,0/1000.

Quand on entend que le Québec se reproduit de moins en moins, c’est vrai et ce sont les très jeunes femmes qui donnent le ton.

Ceci dit, elles auront peut-être des enfants plus tard, lorsque leurs études seront terminées et que leur carrière sera solidement engagée. Rien de mal à ça mais pour un peuple qui clame haut et fort vouloir “continuer à exister”, c’est une tendance préoccupante.

Peut-être qu’il serait temps que la société québécoise valorise de manière plus créative et proactive les naissances, en regard de l’évidence statistiques qui pointe dans une direction qui ultimement, n’assurerait pas notre renouvellement démographique.

Autrement dit, il serait peut-être temps qu’on lâche collectivement l’obsession individualiste pour revenir à des valeurs plus familiales.

L’hédonisme, le carriérisme et l’individualismes sont en train de nous jouer un mauvais tour, au Québec, si l’on se fie aux naissances mais bon, sans être acculés au pied du mur, il existe un réel impératif pour agir.

Regard sur l’emploi

En 2016, selon Statistiques Canada, 69,7% des familles avec au moins un enfant de 5 ans ou moins comptaient deux parents (ou le parent seul) qui travaillent. Pour un seul des deux parents qui travaillent, c’était 20% et aucun des parents en emploi, c’est 10,3%.

De 2001 à 2016, le taux d’emploi des mères a augmenté de façon plus importante que celui des pères mais la proportion de pères en situation d’emploi (88,8%, en 2016) demeure toutefois supérieure à la proportion de mères dans la même situation (73,8%, en 2016).

Revenu et pauvreté

Il y a encore du boulot à faire sur le front du revenu des parents d’enfants en bas âge.

En 2015, au Québec, la moitié des familles avec au moins un enfant de moins de 5 ans avait un revenu de moins de 72,077$ après impôt. En 2005, ce montant était de 59,489$ (en dollars constants de 2015).

Pourquoi s’en préoccuper?

Parce que des études révèlent que les enfants qui grandissent dans des ménages à faible revenu sont plus susceptibles d’être vulnérables lors de leur entrée à l’école et qu’ils ont un rendement scolaire plus faible en moyenne en première année.

C’est 13,9% des enfants québécois de 0 à 5 ans qui vivaient dans une famille à faible revenu, en 2016 (selon la mesure du faible revenu (MFR)). Cela représente environ 75,000 tout-petits. À l’échelle du Québec, le taux de faible revenu est passé de 20,9% en 2004 à 13,9% en 2016, un recul de 7 points de pourcentage.

Il y a donc moins d’enfants qui vivent dans la pauvreté mais il y en a encore beaucoup trop.

Clairement, les mécanismes de redistribution de la richesse ne fonctionnent pas pour tout le monde. Et ce sont les enfants pauvres qui en paient le prix. Ce qui est une tragédie, encore aujourd’hui, au plan social.

La pauvreté engendre des ventres vides, aussi.

Environ un ménage québécois sur dix ayant au moins un enfant de moins de 6 ans était en situation d’insécurité alimentaire en 2015-2016, si l’on se fie à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC).

Autrement dit, l’insécurité alimentaire est une réalité poignante du Québec actuel. Malgré les discours rassurants des élus, il y a encore de réelles problématiques, sur ce front.

Regard d’ensemble

Le portrait 2019 couvre de très nombreux autres aspects plus qualitatifs de la vie des tout-petits et de leur famille, au Québec.

On parle de consommation d’alcool, de drogues, de stress parental et de difficultés diverses dans les activités quotidiennes.

On constate que le rythme effréné du “métro-boulot-dodo” ne génère pas des familles fortes et en santé. C’est plutôt le contraire. Aucun élus ne semble préoccupé que quelques 40% des mères de tout-petits présentent un niveau élevé de stress, selon l’Institut de la statistique du Québec. C’est inquiétant et chez les pères, c’est 23%, ce qui est aussi préoccupant, surtout quand on considère les conséquences parfois dévastatrices de ce stress qui contamine tous les aspects de la vie, aussi bien pour celui qui vit le stress que ceux qui doivent composer avec, par la force des choses.

Il y a aussi les symptômes dépressifs modérés à graves qui se retrouvent chez les mères (à 11%, en 2018) et chez les pères (à 7%, en 2018), selon l’étude La violence familiale dans la vie des enfants du Québec, 2012 et 2018, ayant pour objectif d’étudier “Les attitudes parentales et les pratiques familiales”, par l’ISQ.

On comprend que les parents bien entourés arrivent à mieux concilier leurs obligations quotidiennes alors les familles étendues ont une importance qui dépasse largement ce que les médias “pro-individualisme” disent.

Regardez le déluge de séries télévisées où les héros ont des revenus démesurés, peu d’enfants et jamais de problèmes. C’est ridicule à quel point ça ne reflète pas la réalité.

Dans les fait, c’est clair qu’une famille étendue et un solide réseau d’amis proche fait absolument toute la différence pour trouver un équilibre pour faire fonctionner une unité familiale, aussi petite ou aussi grande soit-elle.

Le vieil adage qui disait que ça prend un village pour élever un enfant n’a jamais été aussi vrai et la réalité cruelle, c’est que les médias font tout pour détruire ce village en le ridiculisant et pourtant, nous avons besoin de ce village comme jamais.

Les parents du Québec devraient donc être les premiers à opérer un très sérieux coup de barre vers l’unité familiale.

Les téléséries québécoises, canadiennes et américaines, pro-individualisme et empreintes d’une fiction malsaine et irréaliste seront outrées de voir les parents vouloir promouvoir leur famille, au sein large mais il ne faut pas attendre que les médias finissent par devenir pro-familles, il faut avancer sans eux.

L’attitude de tous les Québécois envers la famille va faire toute la différence dans la décennie à venir.

Les jeunes parents en devenir comprennent à quel point la folie-furieuse d’une carrière à tout prix détruit au passage des segments complets de leur vie familiale et il leur appartient de choisir s’ils veulent, eux aussi, se faire détruire par des carrières irréalistes, à un prix qui devra être payé aussi bien par eux mais aussi par ceux qu’ils aiment.

Il y a donc un constat clair que la famille ne se porte pas bien pour tout le monde, au Québec.

Il appartiendra à chacun de nous de créer le monde dans lequel nous voulons vivre et aussi, dans lequel nous voulons élever nos enfants.

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