Même si c’est une évaluation optimiste, une réserve de 50 milliards de barils de pétrole se trouverait sur l’Île-d’Anticosti ne laisse pas les Québécois indifférents et le Parti québécois de Pauline Marois en a pris acte.

115 millions de dollars viennent donc d’être investis par le gouvernement du Québec sur un budget de 190 millions de dollars pour se lancer dans l’exploration des hydrocarbures, sur l’Île-d’Anticosti. Il s’agit d’une participation de l’ensemble des Québécois dans un projet qui était, depuis 2008, privé.

Rappelons qu’en 2008, Pétrolia a obtenu les permis détenus auparavant par Hydro-Québec pour un montant qui n’a jamais été dévoilé. Il s’agissait d’une transaction qui avait été vivement dénoncées en raison de son caractère secret ayant eu lieu sous le règne du Libéral Jean Charest avec qui le dirigeant de Pétrolia, André Proulx, avait moins d’affinités qu’avec Pauline Marois.

On peut penser que la bonne entente entre André Proulx et Pauline Marois ont pu faciliter l’arrivée du gouvernement du Québec dans le consortium, pour ainsi dire, constitué de Pétrolia, de Junex et de Corridor Resources (du Nouveau-Brunswick).

D’abord, Pétrolia est une compagnie pétrolière québécoise basée à Rimouski. La société fut fondée en 2002 par André Proulx. Elle mène ses activités en Gaspésie et sur l’île d’Anticosti. Mentionnons aussi Maurel & Prom, une toute petite compagnie française (présente dans 12 pays) qui pompe 29,000 barils par jour et qui est associée à Pétrolia.

Ensuite, Junex est une entreprise cotée en bourse qui n’a aucune dette à long terme et qui développe une expertise québécoise dans l’exploration et l’exploitation d’hydrocarbures.

Corridor Resources inc., pour sa part, est une entreprise canadienne basée à Halifax. Comme Pétrolia, il s’agit d’une compagnie dite “junior” qui dispose notamment de permis pour l’exploration dans le Golfe du St-Laurent. L’entreprise a les droits sur 891,000 âcres de l’Île-d’Anticosti, c’est la minorité et le reste appartient soit à Pétrolia ou à Junex. Hier, ce que le gouvernement de Pauline Marois s’est assuré, c’est de récupérer ces permis-là. On peut aussi rappeler que Corridor s’intéresse au pétrole du gisement “Old Harry”.

Un petit mot sur Old Harry, pour ceux qui ne s’en rappellent pas, il s’agit d’un gisement situé “à cheval” entre le Québec et Terre-Neuve, dans le milieu du Golfe du St-Laurent, tout prés des Îles-de-la-Madeleine. Il faut aller en exploration de ce côté-là aussi. La zone a environ 12 km par 35 km de large et là, c’est du pétrole conventionnel et non du pétrole de schiste comme à l’Île-d’Anticosti sauf que pour l’exploiter, ça nous prendrait une plateforme de forage semblable à celle du projet Hibernia, au large de Terre-Neuve. On peut penser qu’il y aurait peut-être même deux plateformes, soit une pour Québec et une pour Terre-Neuve. À travailler ensemble, on avancerait peut-être plus vite mais ça ne semble pas vouloir se dessiner ainsi, les relations étant plutôt discrètes entre les deux gouvernements. Avec deux plateformes, on pomperait dans le même “réservoir” mais c’est probablement ainsi que ça va se faire!

Avec l’arrivée de notre gouvernement québécois, sous l’initiative du gouvernement péquiste minoritaire de Pauline Marois, la formation de cette nouvelle co-entreprise pourrait être le début d’une longue et très fructueuse entente qui permettrait au Québec de s’enrichir tout en augmentant son autosuffisance pétrolière, point où nous sommes très vulnérables, en ce moment.

Des chiffres de 2013 nous informent que nous avons fait un déficit commercial de 13,2G$au Québec (on a acheté pour 13,2G$ de plus de l’extérieur que ce qu’on a exporté, c’est grave) et notre déficit énergétique, lui, s’établit à 16,7G$, soit quelques 14G$ en pétrole et le reste en gaz naturel et quelques autres produits dont on a besoin mais c’est clair que nous perdons beaucoup d’argent, à chaque année, en raison de notre dépendance au pétrole provenant de l’étranger.

C’est donc l’énergie qui cale notre balance commerciale et ce, dans une très large mesure.

Devant un tel constat, pas surprenant que la première ministre, Pauline Marois, veuille maximiser les rendements du stock de pétrole sur son territoire, pour le bénéfice de tous les Québécois.

Dans ce contexte quand même très excitant d’investissement et d’annonces de projets d’exploration, il faut faire attention aux chiffres qui nous font rêver et que les acteur pétroliers font miroiter. Lorsqu’il est question de recevoir 45G$ sur 30 ans d’une éventuelle exploitation, ce n’est pas beaucoup, si on y pense, un peu. C’est bien mais on est à des années lumières de l’Alberta! Et à environ 1,5G$ par année, il s’agirait d’un scénario optimiste.

Mme Proulx, la vice-présidente de Pétrolia avoue qu’il y a un facteur de risque à vouloir exploiter du pétrole de schiste sur l’Île-d’Anticosti et de son propre aveu, il n’y aurait que 2 à 5% de ce pétrole qui pourrait être exploité (sur les fameux 50 milliards de barils estimés, au total). Il y aurait donc beaucoup de pétrole qui est là, sur place à Anticosti mais il semble impossible à aller chercher. On pourrait donc parler d’un potentiel de 5 ou 6 milliards de barils de pétrole — c’est quand même énorme lorsque comparés aux 7,7 millions de barils de pétrole que Pétrolia essaie d’extraire, dans la région de Gaspé.

Bien que cet investissement vienne d’être annoncé, le 13 février 2014, on peut penser que c’est un risque calculé facilement justifiable par notre déficit commercial qu’il faut absolument adresser avec des mesures durables, L’exploitation du pétrole québécois favorise le rétablissement d’une balance commerciale plus favorable au Québec.

Ainsi, on commence avec l’exploration de l’Île-d’Anticosti et ensuite, une fois qu’on aura commencé à exploiter notre pétrole de schiste, on pourra se tourner vers Old Harry et son immense trésor pétrolier.

Ça fonctionne pour l’Alberta alors pourquoi ça ne fonctionnerait pas pour nous? Et si ça fonctionne pour Terre-Neuve, pourquoi ça ne fonctionnerait pas pour le Québec?

Il y a bien entendu des préoccupations environnementales mais comme le BAPE aura l’occasion de fixer des balises, on peut penser que l’exploration et l’exploitation auront lieu sous une gouverne aussi vigilante que possible et qu’ainsi, nous minimiserons les risques pour notre environnement.

Il faudra donc garder un œil sur le développement de la filière pétrolière du Québec mais avec ce nouveau départ, on se sent davantage concernés par la suite des choses, à Anticosti et pour Old Harry.

3 Commentaires

  1. Au lendemain de cette importante transaction, les actionnaires des compagnies qui sont désormais partenaires avec le gouvernement du Québec sortent grands gagnants.

    L’appréciation en bourse des compagnies va comme suit, quelques 24 heures après l’annonce officielle:

    • Junex +40%
    • Petrolia +21%
    • Corridor +23%

    À court terme, on voit que le marché accueille très bien cette transaction qui confirme désormais le Québec dans son rôle d’explorateur pétrolier et dans un deuxième temps, peut-être, d’exploiteur d’hydrocarbures.

  2. Voici un extrait de ce que Bernard Descôteaux avait à dire dans son billet intitulé “Miroir aux alouettes” dans Le Devoir…

    Il est évident que le Parti québécois veut faire rêver les électeurs avec ce pactole de 45 milliards. Il jouera aussi de cette corde sensible pour bien des Québécois qu’est la réappropriation des richesses naturelles. Les 115 millions investis ne seront pas lancés en l’air, en ce sens qu’ils financent des prises de participation dans les entreprises partenaires, si bien qu’en fin de compte, le Québec pourrait retirer jusqu’à 60 % des bénéfices de l’exploitation. On retrouve là l’esprit des revendications du mouvement Maîtres chez nous au XXIe siècle qu’avait créé en 2005 le député péquiste Daniel Breton.

    La réalité est tout autre. Le pétrole d’Anticosti est du pétrole de schiste qui exige de la fracturation. Entre 15 et 18 puits seront forés cet été et, si les résultats sont positifs, trois autres le seront en 2015, avec fracturation dans ce cas. On saura alors si le pétrole qui est présent dans la roche de schiste est exploitable et, le cas échéant, en quelles quantités et à quels coûts.

    Le processus d’exploitation sera très coûteux, car il faut multiplier par milliers les puits de forage. Dans la meilleure des hypothèses, on pourrait récupérer 5 % de ce pétrole. L’expérience des États américains du Dakota du Nord et de l’Ohio indique plutôt 1 ou 2 %, ce qui représenterait des quantités énormes, mais dont l’exploitation pourrait s’avérer peu ou pas du tout rentable. Il ne faudra pas tout croire ce qu’on nous dira.

    Dans deux ans, on aura une idée plus précise de la rentabilité du projet qui, pour être juste, devra prendre en compte, en plus des aspects financiers, la question environnementale. Que restera-t-il de l’île d’Anticosti une fois les pétroliers partis ? Un territoire ravagé ? Il y aura des impacts importants, c’est certain. Que veut-on pour ce bijou environnemental ? Posons la question dès maintenant.

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