La tempête continue, au Parti libéral du Québec (PLQ) de Philippe Couillard alors que Sam Hamad, son ministre responsable du Conseil du Trésor, dont il est le président, fait l’objet d’allégation sérieuses provenant de l’émission Enquête, à Radio-Canada.

Il serait question de l’époque où Sam Hamad travaillait chez Roche. L’émission d’enquête diffuse des faits nouveaux sur la proximité entre Sam Hamad et Marc-Yvan Côté, sur fond de subvention pour Premier Tech, une entreprise de Rivière-du-Loup ainsi que de financement politique.

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Voici un extrait du synopsis de l’émission:

Le premier ministre Couillard répète que le Parti libéral du Québec a changé. Mais pour une partie de la population, même les récentes arrestations et la Commission Charbonneau ne répondent pas aux questions qui se posent sur les années du gouvernement Charest. Sur un système de financement qui aurait acheté des accès privilégiés au pouvoir.

Le ministre Sam Hamad a souvent été questionné sur la connaissance qu’il avait de ce système, puisqu’il a travaillé chez Roche, une firme de génie-conseil qui est au coeur de la tourmente.

Enquête sur des faits nouveaux sur la proximité entre Sam Hamad et Marc-Yvan Côté, sur fond de subvention pour une entreprise de Rivière-du-Loup et de financement politique.

Pour le portefeuille collectif des Québécois, c’est inquiétant mais pour la confiance du public envers la classe politique, c’est horrible.

Lors d’un point de presse, ce matin, le 1er avril 2016, voici ce que Bernard Drainville du Parti québécois (PQ) avait à dire, à propos de ce qu’on apprend dans l’émission Enquête:

Nous vous avons convoqués ce matin pour vous réitérer que vu le sérieux des révélations de l’émission Enquête d’hier soir, nous demandons une enquête de l’UPAC et une enquête du commissaire à l’éthique sur Sam Hamad. 

Nous pensons que tant que la lumière n’aura pas été faite sur les révélations de l’émission Enquête, Sam Hamad doit être exclu du Conseil des ministres et du caucus du PLQ. 

Si vous me permettez, avant de prendre vos questions, on va refaire le fil des événements. Il y a quelques révélations cruciales qu’il faut garder à l’esprit. 

De 2008 à 2012, il y a 37 000 $ ont été versés au PLQ par des dirigeants et administrateurs de Premier Tech ou par Marc-Yvan Côté et ses proches. Deuxièmement, il faut départager les deux dossiers de Premier Tech dont il est question dans les faits. 

Il y a un premier dossier qui date de 2010. À ce moment-là, Sam Hamad n’est pas ministre de l’Économie et, à priori, il n’a aucun rapport avec Premier Tech à ce moment-là. Le seul lien qu’il a avec l’entreprise est Marc-Yvan Côté, qui lui s’adresse à Sam Hamad en 2010 et lui demande de l’aide. Dans un des courriels, il est écrit : « Jean, je rappelle que Sam a offert son aide pour convaincre le trésor. » Alors, Sam Hamad aide Marc-Yvan Côté avec la demande de Premier Tech et là, il va contacter Clément Gignac, qui est ministre du Développement économique et il va aussi contacter Jacques Daoust, l’actuel ministre des Transports, qui était à ce moment-là président d’Investissement Québec. C’est Sam Hamad, qui n’a pas rapport avec Premier Tech, ni avec le développement économique à ce moment-là, qui décide d’aider son ami Marc-Yvan Côté d’aller chercher un financement pour Premier Tech. 

Le deuxième dossier date, lui, de 2012. À ce moment, Sam Hamad est ministre de l’Économie et là, il y a une décision qui est prise sur la demande de Premier Tech, qui a refait une demande en 2012. Cette fois, la décision des fonctionnaires est favorable. Une subvention est accordée par le ministère de Sam Hamad et un prêt est accordé par Investissement Québec. Par contre, Premier Tech trouve que les montants ne sont pas assez gros. Là, Marc-Yvan Côté, qui à ce moment-là est vice-président du conseil d’administration de Premier Tech et ce depuis plusieurs années, approche Sam Hamad, qui est ministre du Développement économique pour faire monter les montants. Marc-Yvan Côté déjeune donc avec Sam Hamad. C’est confirmé par les courriels : « J’ai rencontré à 7h00 ce matin notre ami pour faire le point […] » Le lendemain de ce déjeuner, le bras droit de Sam Hamad écrit à l’entreprise Premier Tech ceci, et c’est vraiment le cœur de l’affaire : « On a travaillé fort. Vous aurez des nouvelles bientôt via le canal régulier. » On s’entend pour dire que le déjeuner, ce n’est pas tout à fait le canal régulier, disons que c’était le canal irrégulier. Dans l’échange de courriels, le représentant de la compagnie demande : « Est-ce positif ou négatif? » et le bras droit de Sam Hamad répond : « On partait de loin, mais on a travaillé fort pour ne pas avoir le statu quo. » 

Qu’est-ce que ça veut dire? Ça veut dire que le montant qui avait été approuvé par les fonctionnaires pour la subvention et le prêt étaient trop bas et qu’on a travaillé fort pour faire changer la décision des fonctionnaires et faire augmenter le montant de la subvention et le prêt d’Investissement Québec. En d’autres mots, on est passé du forfait régulier au forfait libéral, du forfait régulier au forfait Marc-Yvan Côté. 

La question qui se pose est de savoir quel était le montant approuvé par les fonctionnaires au départ et celui approuvé par Investissement Québec pour le prêt. 

Je vous rappelle l’annonce, quelques semaines plus tard soit le 7 mai 2012, Jean Charest annonce en compagnie de Sam Hamad, un prêt de 11 M$ d’Investissement Québec et une subvention de 8 M$. On veut connaître le montant approuvé au départ par les fonctionnaires, parce que ce n’était sûrement pas 8 M$ et on veut aussi connaître le montant initial du prêt accordé par Investissement Québec et par Jacques Daoust. 

L’intervention politique de Marc-Yvan Côté s’est traduite par combien de millions de plus? Investir 37 000 $ dans le PLQ de 2008 à 2012, ça a permis à Premier Tech et à Marc-Yvan Côté d’obtenir combien de millions de plus? C’est ça qui ressemble à du trafic d’influence. 

Par ailleurs, il va falloir que M. Daoust, qui était président d’Investissement Québec au moment des faits, sorte à un moment donné et nous dise le montant qui avait été approuvé par Investissement Québec dans le dossier de Premier Tech avant qu’il le change à 11 M$. De plus, l’intervention politique de Sam Hamad pour faire changer la décision des fonctionnaires, à notre avis, elle viole le code d’éthique, de là notre demande d’enquête. (Bernard Drainville cite des articles du Code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale) 

C’est clair que quand Sam Hamad déjeune avec Marc-Yvan Côté, il discute de choses qui ne sont pas disponibles pour le grand public. 

En conclusion, on pense, à la lumière des faits, qu’il y a matière à enquête de la part du commissaire à l’éthique et que l’ensemble du portrait, soit l’équation entre le financement politique et les interventions politiques occultes de Marc-Yvan Côté, c’est également matière de la part de l’UPAC. On souhaite que l’UPAC se saisisse de ce dossier-là. 

En attendant, la seule manière pour le premier ministre de préserver la confiance du public envers nos institutions est de demander à Sam Hamad de se retirer du Conseil des ministres et du caucus du PLQ. 

En fait, Sam Hamad devrait le faire lui-même. Il disait ce matin sur les ondes n’avoir rien à se reprocher et être prêt à collaborer aux enquêtes. La première chose qu’il doit faire est donc de se retirer. Il est président du Conseil du trésor et à ce titre, il donne beaucoup de contrats. ll a un devoir d’exemplarité et de probité et avec toutes les révélations faites hier, cette probité est remise en question. 

Il devrait donc donner l’exemple et s’il ne le fait pas, c’est le premier ministre qui devrait lui demander de se retirer du Conseil des ministres et du caucus du PLQ.l

C’est une image assez forte que de voir Sam Hamad, celui qui est en guerre contre les fraudeurs de l’aide sociale donne en fait l’image d’un individu qui n’hésite pas à frauder le système, lorsque ça l’arrange.

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Ce qu’on comprend, c’est que Sam Hamad et son chef, Philippe Couillard n’ont absolument aucune intention de remettre les montants d’argent, très considérables, qu’ils ont obtenu illégalement.

On comprend que le régime libéral post-Charest essaie de se distancer de l’époque Charest. Cette “époque” n’est pas si lointaine. On parle d’avant le 4 septembre 2012, date à laquelle le PQ de Pauline Marois avait pris le pouvoir (en tant que gouvernement minoritaire) avant de le perdre, le 7 avril 2014, date à laquelle Philippe Couillard et ses Libéraux ont repris le pouvoir (en tant que gouvernement majoritaire).

Couillard et Hamad ont beau essayer d’ériger une sorte de mur pare-feu entre leur “nouveau” régime libéral et l’ancien, de Jean Charest, les contribuables québécois ne sont pas dupes et ils comprennent que c’est simplement la suite de la façon de faire libérale, en 2016. Rien n’a changé.

Les Québécois ont raison de questionner Sam Hamad sur ses largesses accordées à Premier Tech. Ses courriels, qu’il les aient écrit lui-même ou non, traduisent une façon de faire inadmissible.

Souvent, les gens se demandent où va leur argent qu’ils se font aspirer par l’appareil gouvernemental québécois mais là, on comprend, une fois de plus, qu’une partie de notre trésor public va dans les magouilles libérales.

Au fond, la seule chose qui pourrait apaiser la grogne collective serait que le PLQ rembourse intégralement, avec intérêts, la totalité des sommes d’argent qu’ils ont reçu ou canalisé, illégalement.

Le trafic d’influence, ce n’est rien de bon pour les Québécois.

Les contribuables se sont fait flouer et ça continue vraisemblablement encore, aujourd’hui.

Le bien commun devrait être au cœur des préoccupations du gouvernement provincial mais à la lumière des actions du PLQ, on peut se demander s’ils ont compris l’importance fondamentale de cette directive.

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