Quand les gens parlent d’avoir une vie, ils font référence à ce large spectre d’activités qui viennent meubler la vie d’une personne, d’une manière agréable.

Ainsi, celui qui n’a “pas de vie” aura vraisemblablement moins de plaisir que celui qui “en a une”. Ainsi, “avoir une vie” devient un but à atteindre et à maintenir, aussi bien pour son propre plaisir que pour entretenir une certaine image de statut social.

Par exemple, ceux qui fréquentent les spectacles dans les théâtres n’ont généralement pas de problème à dépenser une centaine de dollars par billet ainsi que le stationnement, le vestiaire et des consommations. Pour ceux qui entretiennent un mode de vie pro-théâtre, avec la fréquentation de quelques spectacles par mois, les coûts peuvent monter rapidement mais comme ce sont des personnes généralement plus riches qui vivent ces expériences, l’argent n’est pas un obstacle au fait de pouvoir “avoir une vie” riche et épanouie, au plan culturel.

Il y a plein d’autres exemples où des gens plus fortunés peuvent s’acheter des activités vues comme enviables, comme des journées dans les centres de villégiature ou dans des spas. Ça meuble bien le mur d’activités, dans Facebook. Ça fait de belles conversations avant, pendant et après l’activité. Pour tous ceux qui donnent de l’importance à ce genre de mode de vie, ces activités contribuent à glorifier l’image de ceux qui ont les ressources pour se payer ce genre de vie.

Voitures hors-norme, voyages, vêtements, bijoux, maisons et autres richesses ajoutent aussi à l’image de ceux qui ont une vie. C’est clair que dans une société matérialisteindividualiste et hédoniste, on s’émerveille devant les choses qui brillent, au point d’en perdre notre sens des valeurs.

C’est tellement fort, cette dérive vers le bling-bling, que ceux qui connaissent une personne qui a une vie vont parler d’elle ou s’y associer pour profiter de son aura, vue comme enviable. Ainsi, une personne millionnaire qui publie les photos de son magnifique voyage en Italie aura des dizaines ou des centaines de personnes qui s’extasient publiquement devant l’étalage de sa fortune. Ils peuvent n’avoir “aucune vie” (aussi faste et “intéressante”) mais le simple fait de s’associer à cette personne plus fortunée que les autres donnera l’impression que leur vie est associée à de belles expériences. Au fond, ils peuvent être envieux, jaloux ou très contrariés de constater une telle inégalité entre les ressources apparemment sans fin des nantis et les leurs mais leur désir d’être associé “à du beau” est encore plus fort alors ils refoulent leurs “mauvais sentiments” pour ne laisser émerger que des commentaires mielleux, du genre “Tellement content pour ton voyage en Italie, tu le mérites alors profites-en bien” et là, en tant que lecteur de ce type de réponse, on ne peut faire autrement que de sentir le 2e degré du message. Peut-être que c’est sincère mais si ça ne l’est pas, c’est quand même bien maquillé. C’est en creusant qu’on devine toute la jalousie devant cet étalage de richesse (ça peut être autre chose qu’un voyage en Italie, on s’entend). Une jalousie qui peut-être mêlée à de l’incompréhension (pourquoi lui et pas moi?) et pourquoi pas, à une dose d’animosité, envers soi-même (pourquoi je n’arrive pas à atteindre son niveau de richesse?) alors on comprend que Facebook et les autres réseaux sociaux nous permettent d’explorer le comportement humain autant que la nébuleuse des motivations derrière toutes ces publications, ces “J’aime” et ces commentaires.

Un univers fascinant et proprement humain.

Avoir une vie devient alors une obsession, pour de nombreuses personnes.

Ça va tellement loin que des personnes qui veulent absolument avoir une vie vont faire des choix importants, en ce sens.

Si pour une personne, avoir une vie signifie d’avoir une grosse maison, elle préfèrera un(e) conjoint(e) capable de réaliser cet idéal de vie. Du même coup, elle montrera la sortie à des personnes qui auraient pu être compatibles sur de très nombreux points mais sans les moyens financiers d’obtenir cette grosse maison, la relation n’aura jamais lieu. Et l’autre personne se demandera, bêtement, pourquoi ça n’a pas fonctionné… elle n’a rien à se reprocher sauf d’être trop pauvre pour réaliser le rêve de l’autre qui aspire à avoir une vie, dans sa grosse maison. En ce sens, pour ceux qui cherchent un(e) partenaire de vie, il faut rester très attentif aux “désirs” de l’autre car ils peuvent déterminer si la relation peut avoir lieu, ou pas.

Les moyens de ses ambitions

Alors on en vient au cœur du problème. Celui des moyens financiers.

Dans un monde où la plupart des gens ont des rêves, seule une élite dispose des moyens de les réaliser.

Combien de gens aimeraient partir en voyage pour se reposer, ne serait-ce que 4 ou 5 jours? Et pourtant, ça reste hors d’atteinte pour un fort pourcentage de la population québécoise et encore moins, ailleurs où les inégalités sont encore plus grandes qu’ici. Alors ça fait un bon public, par exemple, pour les riches qui voyagent et qui vivent une vie épanouie, au chapitre des “escapades”, prévues ou pas.

Entre “Je ne fais rien aujourd’hui” et “Je m’en vais faire une virée de rêve en République Dominicaine avec ma famille”, avouez que le deuxième message va générer pas mal plus de traction. Les “J’aime” vont fuser de toute part pour célébrer ce voyage inattendu alors que pour le premier message, ça va typiquement être le calme plat. Ce genre de dynamique a lieu en tout temps, dans Facebook et d’autres réseaux sociaux. C’est le grand mouvement où ceux qui ont une vie l’exposent et ceux qui n’en ont pas tentent de s’y associer, ne serait-ce que par un “J’aime” ou un message tellement positif qu’il en devient un peu suspect.

C’est donc en grande partie grâce à l’argent que les privilégiés entrent dans le club sélect des Québécois qui ont une vie.

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Oh! Qu’il est jalousé, ce club-là mais personne n’ose le dire, de peur d’être qualifié de “jaloux” par l’entourage, plus ou moins formel, de la personne privilégiée qui s’attire les plus beaux commentaires parce qu’avec l’argent, suivent le pouvoir et même, l’influence. Qui voudrait se mettre un riche à dos? Des fois qu’il serait sélectivement généreux avec MOI, un jour!

Alors la machine s’emballe et les plus riches définissent le “standard” pour être perçu comme une personne ayant une vie et tous les autres, habituellement incapables de suivre, financièrement, qui se massent autour avec le sourire en faisant semblant de trouver ça génial que leur “ami” voyage 16 fois par année dans le Sud alors qu’eux ont, peut-être, fait un voyage au cours des 10 dernières années… et ils vont en parler souvent de cet unique voyage parce que ça leur permet, d’une certaine manière, de rester pertinent dans la conversation (pour pouvoir affirmer qu’ils savent de quoi il s’agit, eux aussi).

Le grand cirque des inégalités

Sans souhaiter une système communiste qui fait naitre des inégalités abjectes, pour tous, sauf l’élite dirigeante (comme en Corée du Nord), le Québec a besoin d’un grand ménage dans sa gestion du capitalisme.

En ce moment, la mafia et des affairistes malhonnêtes se collent aux tenants du pouvoir gouvernemental pour obtenir des dizaines de milliards de dollars EN TROP pour des “contrats gouvernementaux” (des routes aux hôpitaux en passant par toutes les fournitures nécessaires à l’opération d’un gouvernement) alors ce n’est pas surprenant que tout le monde soit en train de s’appauvrir pour favoriser, unilatéralement, une élite ultra-riche qui passe en super-star à la télé dans le cadre d’une commission pour aussitôt retourner à leur vie de rêve, sans aucune conséquence judiciaire ou monétaire, à leurs malversations.

C’est dans ce terreau fertile que nait la rage des “cons-tribuables” qui paient pour la vie de luxe sans fin d’une élite qui se tient et qui canalise l’essentiel de la richesse qu’ils obtiennent de manière souvent malveillante vers des paradis fiscaux ou encore, des projets où leur richesse viendra tuer la concurrence (provenant de gens qui, eux, ont buché, honnêtement, pour se rendre où ils sont) et où ils opèreront ensuite un monopole pour laver leur argent et multiplier leur richesse (blocs appartements, compagnies de déneigement, fournisseur de produits spécialisés, pour les gouvernements et ainsi de suite).

Les Québécois souffrent de ce grand cirque des inégalités.

Bien entendu, il y a des niveaux dans l’élite mais on comprend que dans une large part, c’est un club sélect. Les riches d’un côté et les pauvres de l’autre.

Il y a des opportunités de rapprochement entre tous les citoyens mais il faut faire un effort pour sortir de la dualité (riches-pauvres) qui nous divise.

Qu’importe où vous vous situez dans le spectre, vous avez des leçons à tirer du modèle actuel et conséquemment, vous avez à modifier votre vie afin qu’elle rayonne, en dehors du carcan du revenu.

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