Un marché d’emploi hyperspécialisé

Les recruteurs et autres “spécialistes” des ressources humaines se creusent les méninges pour rédiger des descriptions d’offres d’emploi très précises mais voilà, personne ne correspond exactement à ces descriptions.

Combien de chercheurs d’emploi s’enthousiasment pour une offre d’emploi jusqu’à ce qu’ils arrivent à l’exigence où il est inscrit “10 ans d’expérience pertinente, minimum” et là, même si toutes les autres exigences étaient comblées, ça ne donne RIEN de déposer sa candidature parce qu’elle sera refilée à la filière 13, dans la plus grande indifférence?

Sérieusement, combien y a-t-il de ces situations?

Et c’est comme ça —pour un détail ou un autre— pour les milliers d’offres d’emploi qui flottent, ça et là, dans le cyberespace.

Pour les plus courageux qui voudraient quand même postuler en pensant que “le détail qui manque” sera minimisé et bien, sachez que c’est peine perdue, au gouvernement aussi bien que dans les grandes et moyennes entreprises, c’est la “tyrannie des détails” qui mène et pour cause, aucun recruteur ne veut prendre le risque d’embaucher un travailleur qui pourrait, potentiellement, se planter alors ils exigent “superman” pour tous leurs emplois.

Mais pendant ce temps-là, des centaines de milliers de travailleurs québécois ont le choix entre l’indigence, les emplois poches au salaire minimum ou essayer de se partir une petit jobine pour essayer de boucler un budget de misère — tout ça parce que les emplois, hyperspécialisés et accordés uniquement aux “champions” des niches concernées, tout en étant faciles à trouver sont finalement à peu près impossibles à décrocher pour un être humain normalement constitué.

En fait, un jeune homme de 25, diplômé universitaire en administration et en parfaite santé ne pourra JAMAIS trouver un emploi dans un hôpital du Québec parce que ça prend des études dans le domaine de la santé et de l’expérience… dans ce même domaine de la santé — c’est à hurler tellement c’est devenu impossible pour une “personne normale” d’accéder aux bons emplois.

C’est quoi, on veut que tout le monde étudie jusqu’à 35 ans avant d’avoir le droit d’entrer sur le marché du travail?

Il va falloir en revenir de cette folie des diplômes hyperspécialisés…

Ne jouez pas à l’autruche en disant que, ô miracle, toutes les portes s’ouvrent devant vous “comme par magie” parce que si, un jour, vous avez à vous replacer, comme les milliers d’ingénieurs québécois qui ont perdu leurs emplois dans la dernière décennie alors que nos usines ont été délocalisées en Asie, vous allez vite comprendre que votre diplôme ne vaut plus rien et que vous allez être chanceux de vous trouver un emploi au salaire minimum… en concurrence avec les ados de 16 ans!

Et parlons-en des diplômes!

Quelle grosse farce: les universités décernent des baccalauréats, des maîtrises et des doctorats approuvés par le ministère de l’Éducation et une fois votre diplôme obtenu, si vous voulez travailler dans ce même ministère (ou n’importe où ailleurs, dans la fonction publique), vous devrez aller passer d’autres tests au Conseil du trésor!

Autrement dit, qu’importe votre diplôme, aux yeux du gouvernement, vous devez encore passer des tests pour être qualifié pour un poste dans la fonction publique, c’est imbécile au cube.

Un travailleur qui dispose d’un baccalauréat ne devrait jamais avoir à aller passer de tests au Conseil du trésor pour accéder aux emplois de la fonction publique car le diplôme universitaire est supposé avoir été décerné à quelqu’un qui a atteint un certain niveau de connaissances mais non, qu’importe votre diplôme, les bons emplois demeureront sans cesse hors d’atteinte.

Vous aurez compris que même si vous passez les tests du Conseil du trésor, en ayant parfois payé pour le faire, vous serez continuellement refusé pour les emplois où vous postulerez… parce que vous n’aurez pas assez d’expérience!

Ahhh!

Le gouvernement du Québec ressemble à la Maison des fous d’Astérix et les grandes entreprises ne sont pas mieux avec leurs critères d’embauche, étayés sur plusieurs pages, pour écrémer les candidats destinés à combler les jobs-semi-poches au salaire minimum… plus boni!

Et pendant ce temps-là, on appelle au gouvernement et on tombe continuellement sur des employés incapables de nommer le département dans lequel ils travaillent. On comprendra qu’ils ont eu leur emploi “en or” avant que les exigences sans fin et les tests de plus en plus “exhaustifs” soient devenus obligatoires.

Elle est d’ailleurs un peu là, l’injustice.

Les “vieux fonctionnaires” ont eu le privilège d’apprendre leur emploi en le faisant, dans une certaine mesure.

Pour les jeunes, qui aspirent à joindre la fonction publique, c’est un chemin de croix ainsi qu’une suite interminable de délais et de frustrations qui les attend. Et au bout du compte, alors qu’il auront tout donné pour satisfaire à tous les critères, ils ne recevront souvent même pas de réponse pour se faire confirmer que leur candidature n’a “pas été retenue”.

C’est la raison pour laquelle il y a des ingénieurs en mécanique, de 45 ans, qui deviennent vendeurs dans un magasin à grande surface, au salaire minimum et en désespoir de cause de ne pas correspondre au barrage de critères de plus en plus aveugles à la réalité humaine où presque tout peut être appris mais voilà, un employé doit désormais avoir tous les diplômes, toute l’expérience et la “bonne attitude” pour être choisi, sinon, ça ne mérite même pas d’être rappelé.

Le Québec est tellement pauvre…

Faites un voyage à Vancouver, Calgary et Toronto puis, revenez à Québec — ça va vous donner un choc. Un gros choc!

La différence, c’est que ces grandes villes ont encore des bureaux-chefs qui contribuent massivement à y concentrer la richesse. Avec Montréal qui a perdu sa Bourse, ses Expos, Alcan et plusieurs autres gros bureaux-chefs, ce n’est pas fort. À Québec, enlevez les compagnies d’assurance et le gouvernement et il ne reste presque plus rien.

Enfin bref, l’hyperspécialisation et la compartementalisation à outrance des emplois créé un environnement où des centaines de milliers de Québécois continuent à sourire comme si tout allait bien pour “faire comme si” mais derrière cette parure, ils sont endettés, exténués et terrorisés de devoir tomber malade plus de 24h tellement ils vivent au bord du gouffre.

Pendant ce temps-là, Jean Charest dit que les choses vont plutôt bien pour le Québec mais il évite de dire que nos emplois d’usine sont troqués pour des emplois “de services” au salaire minimum… plus un petit boni, à Noël.

Si vous avez un emploi, défendez-le avec la dernière des énergies parce que vous n’avez absolument pas le goût de vous chercher un autre emploi, en ce moment. Vous pensez que vous êtes au sommet de votre art et que ça vous rend indispensable mais attendez de faire la file avec les autres quidams et vous verrez que vous ne valez pas grand chose lorsque vous devez, soudainement, correspondre à deux pages entières de critères “hyperspécialisés”.

Sérieusement, le Québec d’aujourd’hui, c’est une gigantesque succursale appartenant à des étrangers qui, depuis l’extérieur du Québec, prennent les “vraies” décisions qui, autrefois, se prenaient ici.

Dites “un beau bonjour”, au passage, à la “sympathique mondialisation”!

Et pourtant, il y a encore des entrepreneurs remarquables, au Québec.

On les aime BEAUCOUP et avec raison.

Ce sont eux qui donnent encore des chances aux jeunes et aux moins jeunes travailleurs. C’est grâce à ces extra-ordinaires bâtisseurs si nous réussissons à garder un tant soit peu de richesse, au Québec. Vous savez de qui il s’agit. Il y a de ces individus forts dans presque toutes les régions du Québec et eux, ils font encore confiance aux individus sans avoir à leur passer une suite sans fin de questions et de tests.

Si vous cherchez un emploi, au Québec, à moins que vous ne fassiez partie de la minorité de travailleurs qui correspondent aux emplois hyperspécialisés qui ont actuellement la cote, essayez de vous diriger vers les petites et moyennes entreprises où vous pouvez encore avoir accès au “vrai patron” pour lui prouver que vous allez valoir le salaire qu’il va vous verser.

Enfin bref, s’il reste des emplois à combler, au Québec, il va falloir se demander si nous avons assez de travailleurs hyperspécialisés pour les pourvoir et vu la tendance inquiétante vers l’hyperspécialisation dans tout, c’est clair qu’à l’avenir un nombre encore plus grand de travailleurs seront incapables de répondre à tous les critères de sélection.

Le temps où un être humain faisait confiance à un autre être humain est largement révolu.

Désormais, c’est la bureaucratie et les listes de critères qui priment. Au diable les “humains” qui ne sont qu’à 95 ou 98% “parfaits”. À l’heure de l’hyperspécialisation, ça prend des travailleurs à 100% correspondants à TOUS les critères!

Et ça, soyez assurés que les universités ne font aucun effort pour vous l’expliquer. C’est une fois diplômés que vous pourrez constater, par vous-même, que votre diplôme ne vaut pas l’encre sur lequel il est imprimé… à moins que vous ne déboursiez encore pour le compléter avec une quelconque hyperspécialisation.

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Claude Gélinashttps://videos.claude.ca/
Passionné des communications numériques, du développement web, de l'infographie et des avancées technologiques, au sens large.

2 Commentaires

  1. C’est tellement vrai… et tellement frustrant.

    J’étais soudeur dans une grande entreprise et je suis retourné à l’école pour me spécialiser dans une autre division de l’entreprise… J’avais conservé mon emploi à temps partiel mais je l’ai perdu parce qu’ils ont mis à pied les étudiants (…)

    Maintenant diplômé, je cherche du travail depuis plusieurs mois et je ne suis même pas capable d’obtenir des entrevues téléphoniques… Partout on demande de 3 à 5 ans d’expérience, des cartes (qui prennent 3 ans à acquérir…) etc.

    Et on dit qu’on manquera de relève dans quelques années ? En ce moment, les plus âgés passent devant moi à cause de leur expérience, et j’ai l’impression que lorsque la transition se fera, c’est la génération après moi, fraîchement dîplomée, qui aura la possibilité d’avoir accès à ces emplois…

    C’est vraiment triste… d’ici là, je continue à envoyer de cv, en espérant que le téléphone sonne… bientôt… (le chômage tire à sa fin…)

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